Accept


Accept est un groupe de heavy metal allemand. Il a été fondé par le chanteur Udo Dirkschneider et par le guitariste Michael Wagener (devenu producteur depuis). Le groupe a d’abord débuté sous le nom de Band X en 1968, avant de prendre le nom d’Accept en 1971. Il ne commencera une carrière professionnelle qu’à la fin des années 1970. Le groupe s’est dissout et reformé plusieurs fois, et s’est récemment réformé en 2009. Il est notamment reconnu pour avoir joué un rôle important dans l’essor du speed metal avec leur chanson « Fast as a Shark« . Leur album Balls to the Wall, sorti en 83, est souvent vu comme un des disques classiques de l’histoire du metal.

Au niveau musical, leur musique est plus particulièrement connue pour un style de heavy metal incisif mettant l’emphase sur l’accroche des riffs et des mélodies, un chant agressif et des refrains en forme d’hymnes souvent chantés en chœur. Elle est aussi marquée par de nombreuses références au classique (Beethoven, Tchaikovsky, Khatchatourian, Elgar, Grieg, Bizet tout particulièrement). Le groupe a également exploré différentes possibilités stylistiques allant du hard FM au speed metal, en passant par le hard rock et occasionnellement le jazz ou encore des éléments d’inspiration orientale. Dans les années 1990, il s’est aussi laissé influencer par le metal alternatif et le groove metal.Au niveau des paroles, une partie importante de leur répertoire est marquée par des textes engagés liés aux questions sociales et aux droits de l’homme (l’oppression des minorités dans le monde, la dénonciation du racisme, des préjugés, de la peine de mort, de la guerre et du militarisme, du fondamentalisme religieux ou encore du conformisme social, etc.).

Le groupe a connu un succès important au cours des années 1980. Il fut souvent considéré comme la seconde figure importante du heavy metal allemand après les Scorpions. Il fit également l’objet de controverses au cours des années 1980, dans lesquelles il fut accusé, sans fondement, de sympathies nazies (en France et en Pologne), de sympathies soviétiques (aux États-unis), d’attitudes anti-soviétiques (en URSS). On leur a aussi reproché la thématique apparemment gay-friendly de certaines de leurs chansons et imageries. Ces controverses se sont dissipées avec le temps.

Sommaire

Biographie

Les débuts (1968-1978)

« Tout a commencé avec une guitare, une guitare que j’ai achetée avec mon premier salaire en 1962. J’avais 13 ans et j’ai fait mes premiers pas avec Udo Dirkschneider dans un groupe qui deviendrait plus tard Accept. Le nom a été choisi en référence à l’album de 71 du groupe de blues britannique Chicken Shack » se souvient Michael Wagener1.

Le groupe est originaire de Solingen dans la Ruhr, ville industrielle équidistante d’Essen, Dusseldorf et Cologne2. Il débute sous le nom Band X en 19683, avant de prendre le nom Accept en 19713. Il était alors constitué de Udo Dirkschneider, des guitaristes Michael Wagener et Jan Koemmet et du batteur Birke Hoe3. À la fin des années 1960, le groupe n’en est encore qu’à un stade embryonnaire et se contente d' »expérimenter1« . Band X joue son tout premier concert à Wuppertal, la ville natale de Dirkschneider4. »Nous avons gagné 20 deutschmarks, se souvient le chanteur, (l’équivalent de 10 euros) et interprété trois morceaux. Je m’occupais simultanément du chant et des claviers. La sono ne fonctionnait pas très bien. Il a fallu que nous réparions des trucs en cours de concert. Mais bon, comme première expérience live, il y a pire »4. Les activités de Band X sont interrompues aux début des années 1970, lorsque Wagener et Dirkschneider sont appelés sous les drapeaux1. En 72, après le service militaire, Wagener trouvera un emploi en tant qu’ingénieur électrique, au Stramp Audio de Hambourg1. Dirkschneider, quant à lui, fait la connaissance du guitariste Gerhard Wahl et décide de relancer les activités de son groupe. Viendront s’ajouter bientôt Hansi Heitzer à la guitare et Franck Friedrich à la batterie3. « Glad to Be Alone » fut la toute première véritable chanson du groupe (composée sous le nom d’Accept)4. La chanson figurera plus tard sur leur premier album. « C’était longtemps avant que nous n’enregistrions notre premier disque, se rappelle Dirkschneider, Peter Baltes et Wolf Hoffmann ne faisaient pas encore partie du groupe, c’est dire… »4.

En 1975, le bassiste Dieter Rubach rejoint le groupe mais le quitte cette même année. Plus tard, il se joindra à nouveau à Dirkschneider au sein du groupe U.D.O. en 87. Jan Koemmet quitte également cette année là3 mais reviendra brièvement en 1982. Durant ses premières années, le groupe répète des standards de l’époque à Solingen en Allemagne. En 1976, le groupe est repéré par les organisateurs du festival Rock Am Rhein (cette même année Michael Wagener quitte le groupe pour une carrière de producteur). Ces derniers invitent Accept à jouer durant le festival. C’est cette même année que Wolf Hoffmann rejoint le groupe en tant que second guitariste3.

« J’avais seize ans quand j’ai rejoint Accept, se rappelle le guitariste. Je n’avais jamais joué dans un groupe sérieux auparavant. Ma première performance publique a eu lieu en 1976 dans notre ville natale de Solingen. Je me sentais très nerveux, et rien que le fait d’assurer le concert en entier me paraissait un exploit ! Je me souviens plus de la setlist, mais je pense que certains morceaux joués ce soir-là apparaissent sur notre premier album qui renferme de nombreux titres écrits à cette époque. »5

Le bassiste Peter Baltes (ex-Pythagoras) rejoint le groupe aussi à cette époque3. Gerhard Wahl prendra la place de Wagener en tant que second guitariste3. Jörg Fischer (de Frenzy) viendra prendre la place de Wahl par la suite. Le groupe donne ses premiers concerts dans la région en 1977 et décroche un contrat avec le label allemand Metronome de Hamburg, l’année suivante2,6.

Les premiers albums (1979-1982)

Les deux premiers albums du groupe sortirent respectivement en 1979 et 1980, mais tous deux furent publiés confusément sous le titre « Accept » et sous de nombreuses variantes de couvertures3. Le premier est « souvent appelé « Lady Lou« , écrit Hervé Picart, tant pour le titre qui porte ce nom que pour la ravissante à la tronçonneuse qui orne la pochette2 ». Le second est parfois dénommé d’après son titre d’ouverture « I’m a Rebel2« .

Accept (« Lady Lou ») (1979)

Le premier album sera enregistré à la fin de l’année 1978, (de septembre à décembre)2. Peu de temps, après l’enregistrement, le batteur Franck Friedrich les quitte. Il sera remplacé par un ami du groupe Stefan Kaufmann également originaire de Soligen6. Le disque sort début 79. Ce premier album reprend des chansons qu’ils jouaient depuis des années déjà. Sur deux chansons de cet album, Sounds of War et Seawind, le bassiste Peter Baltes prend la place de Udo au chant. Au niveau de la qualité des chansons, Weitzmann estime que cet album ne met pas encore en valeur toutes les possibilités du groupe: « Dû au fait d’une production faible, ce disque montre un groupe encore hésitant, surtout au niveau des compositions, mais certains morceaux tels que « Tired of Me », « Glad to be Alone » ou le fulgurant « That’s Rock’n’Roll » dénotent une virulence indéniable6« . Hervé Picart rejoint plus ou moins cette analyse. Selon lui, « si un morceau comme « That’s Rock’n’Roll » y atteste qu’Accept possède déjà une énorme énergie, ce disque à la production un peu fruste n’impose pas vraiment un groupe encore raide et n’allant pas au bout de ses possibilités, tant pour la voix éraillée d’Udo que pour les duels de guitare2« .

Suite à la parution du disque, le groupe entame une tournée à travers l’Allemagne pour promouvoir l’album2. Le groupe, écrit Picart, » put décrocher quelques premières parties intéressantes, mais les choses restent longtemps difficiles pour lui car l’Allemagne de 1979 se passionnant davantage pour une new wave spectrale que pour le hard rock. Accept tombait à un mauvais moment. Cela ne fit que lui donner davantage de hargne et cette année d’adversité contribua à le faire murir, à radicaliser ses riffs. Udo, souvent amené à s’imposer dans des conditions difficiles, força sa voix qui devint ce rugissement indescriptible que nous connaissons à présent2. »

I’m a Rebel (1980)

En octobre 1979, ils retournent en studio pour enregistrer leur deuxième album : I’m a Rebel, produit par Dirk Steffens6. La chanson titre a été à l’origine écrite en 1976 pour le groupe australien AC/DC, par Alex Young (sous le pseudonyme de George Alexander)7,8,9.

« Nous avons eu vent de ce morceau, explique Hoffmann, par le biais de notre éditeur à Hambourg. Elle a été écrite par Alex Young, un des frères de Malcom et Angus de AC/DC. Ils n’ont jamais sorti la chanson mais nous avions une cassette démo avec Bon Scott au chant. J’aimerais remettre la main sur cette cassette, mais je crains de l’avoir égarée par inadvertance après toutes ces années10.

Ils réaliseront leur premier clip pour cette chanson. Weitzmann et Picart estiment que cet album fait ressortir d’incontestables progrès6,2. Comme le remarque ce dernier:

 » les compositions y sont plus denses, plus acharnées. On retrouve dans Accept ce concentré de fureur qui fit l’excellence des meilleurs albums d’AC/DC. La voix d’Udo s’exprime cette fois à plein et les passes d’armes de Wolf et Jörg montrent davantage de brio, de fièvre et de mise au point. La personnalité musicale du groupe commence à se dessiner, et s’oriente vers un heavy rock au martèlement régulier, tenacement scandé[…]. Quelques recréations plus mélodiques signalent toutefois, à l’instar de « China Lady », que l’on se situe dans la patrie des Scorpions2.

Ce sera leur premier disque à franchir les frontières allemandes et sera distribué en Grande-Bretagne et aux États-Unis6. Leur champ d’activité s’élargit, le groupe aura l’occasion de jouer notamment en Hollande et en Belgique2. Picart observe toutefois que « malgré la qualité de son second album, le groupe continuait à végéter ». Rétrospectivement, le groupe reste peu satisfait de ces deux disques. Wolf Hoffmann, le guitariste remarquait à ce propos:

« Le premier album était en fait une compilation des morceaux que l’on avait joués des années auparavant, si bien que l’album tout en étant heavy, partait dans des directions diverses. Le deuxième album était plus professionnel. Cependant pour nous il représente un temps mort dans notre évolution et un pas pris dans la mauvaise direction11« .

Breaker (1981)

Suite aux tentatives commerciales infructueuses de l’album précédent, le groupe décida de ne plus se « laisser influencer musicalement par qui que ce soit d’extérieur au groupe12« . En 1981, il enregistre Breaker (mixé par Michael Wagener). Dirkschneider considère que Breaker fait partie des meilleurs albums d’Accept et marque le début de l’ère la plus glorieuse du groupe13. Hervé Picart parle de « chef-d’œuvre » à propos de cet album2:

« Cette fois, à côté des lancinantes pièces aux riffs à la Space Invaders, la machinerie Accept s’emballe pour de bon. On ne sait qui a versé du méthylène dans son réservoir, mais le fait est que le groupe se débride et passe au travers des murs. « Starlight », « Breaker », « Son of a Bitch » (qui connaîtra d’ailleurs quelques problèmes de censure, les paroles d’Accept n’étant pas vraiment du Chantal Goya), autant de pièce d’artillerie lourde qui vont devenir des classiques du groupe. Mais le titre qui semble le plus révélateur s’avère « Burning », car l’on y sent que nos Germains manifestent à présent sans retenir un tempérament incendiaire »2

Accept connaît ses premiers succès et se lance dans une tournée européenne. C’est aussi l’année où le groupe engage Gaby Hauke comme manager5. Celle-ci fut l’une des premières et des rares manageuses dans le rock14 . Comme le soulignait rétrospectivement Mad Scott, en 1986, l’efficacité et l’autorité, dont elle fera preuve, contribueront largement à leur succès par la suite14 . Eut égard aux fans, elle exigeait systématiquement des organisateurs de concert que « les prix soient les plus bas possibles14« . À la sortie de Breaker, cette dernière leur permettra d’assurer la première partie de Judas Priest en Angleterre et en Allemagne5. Ce qui pour le jeune groupe, constituait, une opportunité de rêve. Mais la tournée s’avéra difficile pour le groupe dû au manque de soutien de la maison de disques5, c’est le groupe lui-même qui a du payer de sa poche6,5.

« Ce fut une expérience étrange et un sale coup de notre maison de disques. Personne ne nous connaissait là-bas et les kids nous regardaient assis en attendant Judas. On n’a pas eu de promotion, aucune facilité, la maison de disques s’en foutait11« .

« On était sans un rond et on mourrait littéralement de faim la plupart du temps, se rappèle Hoffmann. C’était une tournée auto-financée sans le moindre soutien de label. Alors il nous arrivait à l’occasion de nous faufiler dans les vestiaires de Judas Priest et de piquer quelques trucs sur leurs plateaux de traiteur. Un jour on s’est fait prendre par leur manager de tournée et on s’est fait virer de la pièce, ah! La tournée fut quand même une expérience super qui nous a ouvert les yeux, c’était notre première tournée avec un « vrai » groupe. Bien sûr, on voulait faire exactement comme eux et les albums suivants ont été marqués par quelques influences de Judas Priest. »15

En 1982, Jörg Fischer quitte Accept à cause de tensions naissantes peu de temps avant d’entrer en studio pour enregistrer un nouvel album.

Restless and Wild (1982)

C’est en 1982, qu’Accept enregistre son quatrième album Restless and Wild (produit par Michael Wagener, ancien guitariste du groupe). L’album acquière une renommée underground avant même sa sortie du fait de la circulation de milliers cassettes bootleg du disque quelques mois avant sa mise en vente3. Le groupe fait brièvement appel à leur ancien guitariste Jan Koemmet pour remplacer Jörg Fisher6, puis se tourne vers le guitariste d’un groupe local Herman Frank3. L’album eut beaucoup de succès notamment grâce aux chansons « Fast as a Shark » (chanson généralement considérée comme l’un des premiers morceaux de speed metal16) et Princess of the Dawn. Picart considère cet album comme décisif dans la carrière du groupe2. Il décrit ainsi l’album comme un parfait mélange de « speed hystérique […] et de heavy flibustier2« . Le disque achève donc de propulser le groupe « au premier rang des espoirs majeurs » de la scène metal de l’époque2« . Pour la promotion de l’album, Dirkschneider « modifie son look, taille ses cheveux longs pour une coupe plus austère et adopte une allure paramilitaire2 » – attitude qui, selon Picart, « achève d’imposer Dirkschneider comme une figure essentielle du heavy des années 19802« . La critique, à la sortie de l’album est élogieuse. Enfer Magazine écrit:

« Que dire de cet album, sinon qu’il porte bien son titre, il est réellement « remuant et sauvage ». « Tous les morceaux tel le premier, sont écrits sur un tempo rapide mis à part « Shake Your Heads », « Neon Nights », et « Princess of the Dawn », qui sont plutôt lents et lourds mais qui vous aplatissent tout autant. Notons, également, que « Don’t Go Stealing My Soul Away » sonne très AC/DC, tout comme « Midnight Highway » sur « Breaker ». « Restless And Wild » est indispensable à tous les fans de JUDAS et de SAXON. »

Le succès (1983-1986)

Accept au Wacken Open Air 2005. Accept au Wacken Open Air 2005.

Balls to The Wall (1983)

En 1983, juste après la tournée Accept enregistre un autre album, Balls to the Wall (mixé par Michael Wagener). Dès sa sortie la chronique d’un des magazines de l’époque, Metal Attack, est unanime:

« Difficile de trouver des formules pour parler de Balls to the Wall. À cause d’une raison très simple: Rien dans la musique d’Accept n’est fondamentalement original. Et pourtant….et pourtant, cet album est fondamentalement fabuleux! Comment expliquer ce miracle.[…] Un mot peut aider à comprendre, et ce mot est magie…ou si vous préférez génie pour transfigurer ce qu’on croyait rabâché un milliard de fois en un son neuf. Ecoutez bien « Balls to the Wall », le morceau titre: Jamais encore aucun groupe n’avait porté à ce paroxysme impitoyable le caractère d’hymne guerrier du metal. Une violence, une puissance, une incandescence, qui se poursuit sur « London Leather Boys » avec une intensité qui ne se dément pas un instant.[…]Accept n’est pas un nouveau Led Zep ou Deep Purple, mais un héritier qui a su assimiler tout ce que lui ont légué ses ainés pour se frayer sa propre voix royale17.

À partir de cet album, les textes seront signés par un mystérieux parolier attitré, dont on ignora longtemps l’identité, jusqu’à ce que le voile soit levé à la fin des années 1990, par le site web du guitariste. Il s’agissait de Gaby Hauke (manager du groupe et maintenant mariée à Wolf Hoffmann). Lors d’un concert de Noël, Jörg Fischer rencontre le groupe qui lui propose de réintégrer les rangs. En 1984, Fischer réintègre Accept alors que le groupe achève sa tournée avec notamment un concert tonitruant aux Monsters Of Rock Allemand pour clore celle-ci. En fin d’année Accept entre en studio avec le producteur Dieter Dierks (qui avait déjà travaillé avec Scorpions) pour un album qui est annoncé comme novateur.

Metal Heart et Kaizoku-Ban (1985)

Articles détaillés : Metal Heart et Kaizoku-Ban.

En 1985, Metal Heart sort et s’avère effectivement novateur. On y remarque l‘apport de synthétiseurs et de parties où le groupe reprend des morceaux de musique classique (comme La Marche Slave de Tchaïkovski (pour l’intro) et La Lettre à Élise de Beethoven (pour le solo), dans le morceau Metal Heart). Accept fait une grande tournée mondiale et décroche le gros lot au Japon. L’album se caractérise par une tentative prudente vers une plus grande accessibilité18, et place un certaine emphase sur l’accroche et la mélodie. Malgré son léger adoucissement, cet album est généralement considéré comme un des meilleurs du groupe au côté des albums Balls to the wall, Restless and Wild et Breaker. Il rencontra un grand succès dès sa sortie. les chroniques des revues spécialisées de l’époque sont élogieuses. Jean-François Bouquet de Metal Attack, par exemple, chroniquait l’album en ces termes:

« Est-il possible que l’album de l’année 1985 soit celui-ci? En tout cas, ‘Metal Heart’ s’impose comme un sacré disque. Nous savions tous depuis longtemps, qu’Accept est un excellent groupe, mais là…attention! Dieter Dierks, producteur génial, a mis son talent au service d’un des groupes de metal les plus doués. Lorsque je suis allé à Cologne, en compagnie de Zegut, pour écouter cet album, je ne savais ce qui m’attendait: Une grande claque! […] Udo et sa bande signent, là, un album dont on n’a pas fini de dire du bien![…] Wolf Hoffmann,[…] nous a expliqué à quel point ils avaient soigné « Metal Heart », même au niveau de la pochette[…] Accept veut faire de ce nouvel album une bombe.[…] Metal Heart, un cœur de metal qui n’a pas fini de battre dans celui des hardos. »19

De la tournée est tiré un mini-live Kaizoku Ban destiné au public japonais. Hoffmann explique les circonstances qui les ont amenés à sortir ce disque:

 » Notre Label japonais avait besoin d’un produit live pour son marché intérieur. Ils nous ont envoyé un vingt-quatre pistes mobile qui a enregistré deux concerts à Nagoya. Cela ne nous paraissait pas vraiment sérieux. En écoutant les bandes, nous nous sommes ensuite aperçus qu’elles étaient bonnes. »14

Le titre « Kaizoku-Ban« , signifie « bootleg » en japonais14. Le disque avait été conçu à l’origine comme un pirate officieux14. Baltes remarque rétrospectivement:

 » « Kaizoku-Ban » a constitué une excellente expérience. La plupart des albums en public sont bourrés de dubs, de réenregistrements. La première fois que nous l’avons écouté, nous avons été surpris: il était bon, sans même le trafiquer. Aujourd’hui,nous savons que nous sommes capables de faire un live qui tient la route. C’est plutôt agréable comme sensation. »14

Cette même année, le groupe sort un album Best of, Hungry Years, proposant de nouveaux remixes de chansons issues des albums I’m a Rebel, Breaker et Restless and Wild.

Russian Roulette (1986)

Article détaillé  : Russian Roulette.

En 1985, le groupe entreprend l’enregistrement d’un nouvel album qui sortira au début de l’année 19863. Après avoir tenté une approche plus commerciale avec Metal Heart, le groupe, peu satisfait ressentait le besoin de revenir à un son plus agressif, plus proche de Balls to the Wall avec leur nouvel album Russian Roulette. Hoffmann explique :

« Pour bien sentir l’évolution, il faut se reporter à « Balls to the Wall ». Cet album abordait les mêmes sujets que « Russian Roulette », d’une façon très agressive. Nous avons voulu faire ensuite un disque moins direct, avec Metal Heart ». Pour être tout-à-fait honnête, je crois que nous pensions que les Américains recevraient mieux un album plus doux que « Balls ». Nous avons donc essayé, mais le résultat ne nous pas comblés. Alors, nous sommes revenus à ce que nous ressentons réellement.[…]Cela ne veut pas dire que l’album est meilleur que « Metal Heart ». Cela signifie seulement qu’il nous ressemble plus. »14

Ce disque sort à un moment où le groupe est à l’apogée de sa popularité. L’album fut très bien reçu à l’époque, et entre même directement à la dixième place dans les charts allemands3. En France, la critique est élogieuse, en témoigne la chronique de Enfer Magazine en 1986:

« « Si le barillet est plein, la roulette russe devient un jeu dangereux. Et Accept est devenu un groupe dangereux. Dangereusement bon.[…] Mélange subtilement dosé de pèche ravageuse et d’harmonies convaincantes. […]Dix morceaux percutants construits, que les germains vous balancent sur le museau avec talent. Et, en plus, c’est varié: du tempo lourd de « TV Wars », on passe au hit single « Monster Man ». Après le crescendo oppressant de « Russian Roulette »,[…]on arrive à la pseudo-ballade (allez danser là dessus!): « It’s Hard to Find a Way ». Et puis pas de descriptif. Écoutez tout parce que tout est bon. Retenez simplement l’aplatissant et complexe « Heaven is Hell », le riff purpelien de « Man Enough to Cry » et le rythme un peu déglingué de « Stand Tight ». En passant, un mot des guitaristes qui glissent vers un lyrisme tantôt exalté, tantôt désespéré, Wolf Hoffmann a fait des progrès assez extraordinaires. S’il n’est pas encore un génie du manche, il sait quand même lui transmettre les mouvements de son âme et c’est parfois beau à en pleurer. Une grande réussite 20 »

Le groupe entreprend une gigantesque tournée mondiale comprenant des dates en Grande-Bretagne avec le groupe Dokken (et UFO pour lors de leur passage en Allemagne)3. Le show marquera notamment les mémoires pour la chorégraphie provocatrice3 durant la chanson anti-militariste « Russian Roulette », où les musiciens habillés en militaires exécutent une marche au pas de l’oie, en jouant de leurs instruments3. Au cours de la tournée, Baltes, Hoffmann et Gaby Hauke décident de vivre aux États-Unis:

« Je suis parti là-bas, explique Baltes,[…] car la plupart du business se trouve aux USA. Nous passions désormais plus de temps là-bas qu’en Allemagne! Les tournées US sont plus longues, il y a des tas de studio pour bosser et il faut reconnaître que les gens sont plus cool aux States. C’est incontestablement le pays de la musique et c’est une sorte de paradis pour un musicien21. »

Nouveau tournant (1987-1989)

Changement d’orientation et de personnel (1987-1988)

Au cours de l’année 1987, le groupe fait part de son envie d’explorer de nouvelles approches stylistiques inspirés par le hard FM américain. Dirkschneider ne se sentant pas capable d’assurer des parties vocales appropriées à ce genre, préfère partir pour fonder son propre groupe U.D.O.. Peter Baltes en évoque les circonstances:

« Après la fin de la tournée japonaise durant l’été 86, nous avons composé de nouveaux morceaux puis nous nous sommes rendus compte qu’ils ne convenaient pas à Udo. On s’est tous réunis. Udo nous a dit qu’il ne pouvait pas chanter nos nouvelles compositions. Nous avons donc décidés de nous séparer pour que chacun puisse faire son truc21. »

Le chanteur explique les raisons de son départ :

« Le problème remonte à la période « Metal Heart, pour être précis. Chacun a pu noter une orientation plus mélodique chez Accept. Le groupe voulait à tout prix composer des titres plus FM. Cela posait un grave problème en soi: j’ai ma voix et je ne peux en changer. Je ne pouvais pas me limiter à du matériel trop léger. Il me fallait du vrai heavy, quelque chose d’agressif qui corresponde à mon timbre. C’est un problème vocal: je peux chanter que sur du hard avec juste un peu de mélodie, pas trop, comme c’était en train de le devenir22« .

Pour l’aider à lancer sa carrière solo, le reste d’Accept et la parolière Deaffy lui proposent un album entièrement écrit, Animal House21, composé de chansons d’Accept23 qui avaient été originellement enregistrées en démo, mais jugées trop agressives pour un successeur de Russian Roulette3.  » C’était notre cadeau pour Udo, explique Hoffmann, pour lui donner un bon départ dans sa carrière solo24« . Suite à son départ, Rob Armitage, ex-chanteur de Baby Tuckoo est engagé par le groupe comme nouveau chanteur21. Mais le groupe jugea que le chanteur « n’avait pas assez de personnalité pour s’intégrer au groupe et la collaboration n’a pas duré21« . Le groupe est reparti à la recherche d’un nouveau chanteur au cours de l’année 1988. Le groupe sollicitera, pour se faire, les services d' »une agence à Los Angeles qui s’est spécialisée dans la recherche de musiciens ». L’agence récolte « les cassettes et tous les contacts de musiciens à la recherche d’un groupe et les envoie dès qu’un groupe a besoin de quelqu’un21« . Le groupe a finalement arrêté son choix sur une cassette du chanteur américain David Reece21,(ex-Dare Force). L’agence était tenue par Lucy Forbes, une amie du chanteur, qui l’a mis en relation avec le groupe.

« Celle-ci, explique le chanteur, connaissait Dieter Dierks le producteur. J’ai enregistré quelques démos avec Mitch Perry, il les a écouté et m’a demandé de passer une audition pour Accept et le reste c’est de l’histoire! »25,Note 1

Le groupe est enthousiasmé par la voix du chanteur:

« On est parti au Japon pour faire des essais en studio, se souvient Baltes, et nous avons immédiatement réalisé qu’il était l’homme qu’il nous fallait. Il a une voix fantastique et c’est un personnage hors du commun21« .

Cependant Hoffmann remarque rétrospectivement que si le chanteur correspondait,alors, à leurs attentes artistiques, cela n’a, en revanche, jamais vraiment fonctionné au niveau personnel26. C’est également à cette époque que Jörg Fisher quitte le groupe. Comme l’explique Baltes:

« Juste avant de débuter l’enregistrement de l’album, nous étions tous très excités à l’idée de travailler avec Dave et refaire un album différent ensemble, mais Jörg semblait peu enthousiaste. Il n’avait pas vraiment envie de bosser et il apparu qu’il devenait presqu’un boulet pour Accept. Il nous stoppait dans notre lancée et nous avons décidé de nous séparer de lui21« .

Eat the Heat (1989)

Article détaillé  : Eat the Heat.

Entre l’été 1988 et le début 1989, le groupe peaufine de nouvelles chansons. En recevant la démo, Dieter Dierks est émerveillé et décide de produire l’album. Mais sa réalisation prend beaucoup de temps, car le groupe voulait réaliser « l’album ultime d’Accept, pas seulement un de plus22« . À l’arrivée du nouveau chanteur, une grande partie de l’écriture de l’album est déjà finie au niveau instrumental et mélodique. Reece apportera, malgré tout, sa contribution à l’écriture, en complétant ou en modifiant certains arrangements vocaux et en proposant certaines idées mélodiques pour le chant21. Au final, le groupe est très satisfait de l’album et prêt à partir sur les routes. Le guitariste londonien Jim Stacey (ex-Breakpoint) rejoint le groupe à cette époque et prend la place de Fisher21. Il a été contacté par Gaby Hauke le manager, après lui avoir envoyé une cassette. Mais il est recruté tardivement après l’enregistrement de l’album21. Le guitariste apparaît malgré tout sur les photos de l’album21. Mais c’est Hoffmann qui a assuré l’enregistrement de toutes les parties de guitares21.

L’album s’avère très différent du style de musique pour lequel le groupe s’était fait connaître, tant au niveau de la composition, de la production que du style de chant. La musique se tourne vers un style de Hard FM américain proche de la musique de Bon Jovi. La presse de l’époque ne manque pas de souligner qu’un tel album risque de dérouter les anciens fans du groupe21. Mais le groupe reste confiant:

« Au bout de 6 ou 7 ans, je crois qu’il est stupide d’essayer de refaire ce que tu as fait auparavant, explique Baltes, tu tournes très vite en rond. Cela devient ennuyeux et tu lasses ton public si tu n’évolues pas. Il est évident que « Eat the Heat » marque un tournant dans la carrière d’Accept, mais nous avions besoin de ce changement et je pense que nos fans ne seront pas déçus, je ne crois pas qu’ils désirent entendre la même chose à chaque fois, ils évoluent aussi. Je pense également que pas mal de gens qui n’étaient pas réceptifs à ce qu’on faisait vont découvrir un nouvel Accept et vont adorer cet album21.

L’album est bien reçu par la presse, notamment Metal Hammer et Hardforce. Ce dernier estime même que le groupe revient en force et voit dans cet album un condensé des sensations rythmiques de Metal Heart et de la musicalité de Russian Roulette27. Il considère, par ailleurs, que le chant est parfaitement tenu par David Reece avec un style relativement agressif et très performant27.

Mais malgré les réactions positives, l’album n’obtient pas le succès escompté. Bon nombre de fans rejettent cet album, jugé trop commercial. Le groupe entame une grande tournée aux États-Unis aux côtés du groupe W.A.S.P.3. Elle fut une grande déception3, avec un public restreint et des concerts dans des petits clubs. Après la tournée américaine, le groupe se rend en Europe pour effectuer une plus petite tournée. Au cours de cette tournée, Stefan Kaufmann se plaint de douleurs dans le dos3. Il doit retourner en Allemagne pour être hospitalisé d’urgence dû à des problèmes musculaires3. Il est remplacé pour le reste de la tournée par Ken Mary ancien batteur de Fifth Angel3. La tournée se complique encore dû au comportement du chanteur qui s’avère vite incompatible avec le reste du groupe3:

« On s’est jamais vraiment entendu, estime Hoffmann rétrospectivement. C’était une de ces personnes qui, par exemple, était constamment, paranoïaque sur tout. Il était toujours du genre à nous sortir des trucs comme ‘Mec, qu’est-ce qui se passe? Je peux sentir qu’il se passe quelque chose?’. Et nous, nous lui disions ‘mec, relax! Il se passe rien. » Il était toujours en train de flipper pour quelque chose et c’était dur à gérer. C’était très très dur pour lui de se concentrer et de faire son travail. On était pas sur la même longueur d’onde. Je veux dire nous sommes le genre de musiciens à travailler très dur, nous adorons jouer et lui, était plutôt du genre à faire la fête. C’était vraiment dommage, car il avait vraiment un voix géniale et on aurait pu faire un long chemin. Peut-être était-ce un décalage culturel, lui était américain et venait d’un contexte totalement différent du nôtre, mais je n’y crois pas vraiment. C’est juste qu’on s’entendait pas. »

Premier Hiatus (1989-1992)

Les problèmes de drogue du chanteur et son attitude agressive finissent par miner l’ambiance du groupe. Reece ira jusqu’à se battre avec Peter Baltes. Suite aux déboires rencontrés, le groupe décide de jeter l’éponge. Par un commun accord entre Baltes, Hoffmann et Gaby Hauke, Reece est congédié. Il semblait, en effet, difficile au groupe de continuer dans ces conditions:

« Ce fut super difficile, raconte Hoffmann, et c’est là que je me suis dit:  » mince, il ne reste plus que Peter (Baltes) et moi. Et ce n’est plus vraiment le groupe que nous étions. Et puis alors Dave Reece et Peter se sont pris dans une bagarre majeure à propos de je ne sais plus quoi, et là j’ai dit, « mec, arrêtons les frais26,Note 2.

Ils publient à titre postume un double live, Staying a Life enregistré en 1985 (lors de la tournée de Metal Heart) à Ōsaka (Japon).

Première reformation (1992-1996)

Au regard du succès de l’album live et face à l’insistance continue des fans, le groupe décide de se reformer en 199228.Hoffmann évoque à ce propos les circonstances qui les ont amenés à se reformer:

 » Depuis la séparation du groupe, nous étions toujours restés en contact les uns avec les autres. De temps à autre, nous nous passions un petit coup de fil et nous nous tenions au courant de l’évolution des choses. Puis, la destinée a voulu qu’à un certain moment, nous nous retrouvions tous en Allemagne. Pour ma part, j’étais revenu des U.S.A. depuis un an et demi. Stefan Kaufman et Udo étaient toujours là, et nous avons vu Peter Baltes débarquer pour prendre des vacances. C’est à ce moment là que nous sommes réunis et avons décidé de tenter l’expérience de rejouer ensemble. Nous avons donc répété: une reformation s’imposait! Pendant tout ce temps écoulé, chacun d’entre nous avait vécu son expérience et nous avons réalisé qu’Accept était ce que nous faisions de mieux. Nous avions constamment en tête cette comparaison: ‘pourquoi cela n’est pas aussi bien qu’Accept, dans son ancienne formule?’.Alors quand s’est présentée cette occasion de jammer ensemble après quelques bières, nous avons voulu tenter le coup et voir si ce serait comme avant. Souvent, avec le recul, on a tendance à idéaliser les choses. Il nous fallait savoir si ce n’était pas le cas. Dès les premiers morceaux, c’était comme si nous ne nous étions jamais séparés : tout se passait vraiment pour le mieux, comme au bon vieux temps. C’est donc tout naturellement qu’Accept a retrouvé vie. »29

Accept se reforme donc, mais sous un effectif de quatre personnes, avec un seul et unique guitariste, au lieu de deux. Hoffmann préférant s’occuper de toutes les parties de guitare (rythmique et soliste).

Objection Overruled (1993)

Le nouvel album, Objection Overruled, sort en janvier 1993. Il connaît un succès très correct. Tirant les leçons de l’échec de Eat the Heat, le groupe entendait revenir à un style proche de Restless and Wild et Balls to the Wall. « On sentait, expliquait Hoffmann, qu’on devait revenir aux vieilles formules en laissant de côté toute sorte d’expérimentation et on a fait ce pour quoi Accept est connu30« . Il en résulte une musique emprunte de titres heavy et speed agressifs et incisifs. Un titre comme Objection Overruled reste proche de morceaux speed comme Fast As as Shark tandis que « I don’t Wannabe Like You » se rapproche plus d’un morceau comme Balls to the Wall. L’influence de AC/DC reste présente sur certains titres (« Donation » ainsi que sur le bonus track japonais « Rich and Famous »). Contrairement à d’autres albums d’Accept, Wolf Hoffmann se souvient d’Objection Overruled comme d’un album facile à enregistrer:

« C’était génial! Je veux dire, les retours sont toujours géniaux, parcequ’on sent cet état d’esprit ou cet air frais souffler à nouveau. C’était génial. On s’est vraiment amusés. »31

La tournée est un triomphe. Pour les besoins de la tournée le groupe engage Arjen Anthony Lucassen (ex Vengeance) qui partira à la fin de celle-ci.

Death Row (1994)

En 1994, après le succès de la tournée, le groupe décide de continuer l’aventure, et commence à travailler sur un nouvel album Death Row. Au cours de l’enregistrement de cet album Stefan Kaufmann a de nouveaux problèmes de dos et doit être hospitalisé. Pour finir l’enregistrement le groupe engage Stefan Schwartzmann. L’album marque un changement de style inspiré par le Groove metal et l’alternatif en vogue à l’époque. C’est l’un des albums les plus agressifs et les plus aventureux du groupe. Hoffmann explique sa démarche à cette époque:

« On essayait de se mettre un peu au goût du jour. Des riffs plus rugueux, plus répétitifs. On s’était un peu lassé de faire encore et toujours les mêmes choses. Vous savez, ces grands chœurs massifs, les mélodies teutonnes. On s’en était lassé – du moins Peter et moi. Alors on voulait essayer d’avancer, mais on n’a pas réussi à trouver notre chemin. Rétrospectivement, je ne sais pas ce que nous aurions pu faire et du faire. […] Je jouais un riff et immédiatement après, je me disais : et merde, je l’ai fait des millions de fois. C’était pas bon. C’est pourquoi on a essayé d’élargir notre style et d’essayer des choses que nous n’avions pas encore faites, on était très excités à cette idée. Mais je crois que le public n’était pas trop enthousiasmé par tout ça. »32,Note 3

Comme le souligne Hoffmann, l’album sera mal reçu chez beaucoup de fans qui n’apprécient pas le changement de style, le trouvant trop aventureux. Inversement la presse metal de l’époque, bien que positive vis-à-vis de l’album, le trouvera encore trop ancré dans un style traditionnel. En témoigne la chronique de Hardforce de 1994:

« Planquez vous! Les rev’là! Un nouvel album d’Accept, c’est un peu comme une « Panzerdivision » reformée avec le bon commandant Udo Dirkschneider à sa tête. Et point n’est besoin d’opposer une quelconque résistance. N’espérez pas la moindre tendresse de la part de ces heavy metalleux endurcis. Le passé est toujours le présent et le mur de guitares ne semble pas fissuré. OK, on décèle de-ci de-là quelques additifs au niveau de la production qui donnent une saveur plus actuelle à certains titres comme « Loaded Gun ». « The Writing on the Wall » également peut passer pour un sucre d’orge à côté de la violence primaire de Death Row ou Sodom and Gomorra.[…]On note également une réactualisation d’un des titres les plus intéressants de l’album « Eat The Heat » (le seul qui ait été enregistré sans le blondinet chanteur Udo). « Generation Clash ». Et cette fois encore, ce morceau s’avère comme l’un des morceaux les plus captivants de l’album…six ans après! Tout le reste,[…] n’est qu’étalage de metal du meilleur cru et cela ravira certainement les nombreux et toujours vaillants fans du genre. Les autres, eux, se dispenseront sans doute d’un tel retour en arrière et préféreront de R.A.T.M, sans avoir forcément raison d’ailleurs33. »

Certaines critiques sont même parfois très élogieuses, comme celle de Dinosaur Rock32.

Predator (1996)

Wolf Hoffmann, guitariste et compositeur principal du groupe

En 1995, les membres sont éloignés les uns des autres. Le groupe décide d’enregistrer un album. Le groupe se rencontre à Nashville pour enregistrer et c’est Michael Wagener qui produira le nouvel et dernier album (Predator). Le groupe engage un nouveau batteur Michael Cartellone (ex Ted Nugent et Damn Yankees). l’album sort en janvier 1996. Le style de l’album s’avère inhabituel. Il marque une plus grande variété stylistique: Plusieurs référence à la musique orientale, au blues, à l’alternatif, utilisation de rythmes tribaux, de boîte à rythme, de passages acoustiques inhabituels, de filtres sur la voix. Cette époque marque de nombreuses tensions internes entre Dirkschneider et Hoffmann. Dirkschneider n’est pas d’accord avec la démarche aventureuse de Hoffmann vis-à-vis des nouvelles approches stylistiques qu’il explore. Suite au refus de Dirkschneider de chanter trois chansons écrites par Baltes et Hoffmann (« Lay It Down », « It ain’t Over Yet » et « Primitive »), ces derniers décident de les enregistrer malgré tout en confiant le chant à Baltes. Dirkschneider a longuement critiqué ce choix, accusant les deux musiciens de l’avoir mis devant le fait accompli. Sur cet album n’est pas un franc succès et suite aux tensions, le groupe décide de se séparer durant l’été 1996 après son dernier concert en juin à Tokyo. Interrogé sur les raisons de la nouvelle séparation Hoffmann raconte :

« Nous avions du succès avec cette histoire de réformation, et puis du jour au lendemain Stefan s’est retiré, à cause de ses problèmes de dos – officiellement. Et jusqu’à ce jour, ce qui s’est vraiment passé reste un mystère. C’est comme si une des pierres angulaires du groupe n’était soudainement plus là. Et plus ça allait et plus le groupe se dessoudait, avec d’un côté Udo et de l’autre moi et Peter – Stefan n’était plus là. C’est devenu nous contre Udo: il ne voulait pas faire ce que nous voulions, et nous ne voulions pas ce que lui voulait. À la fin, on n’arrivait plus à s’entendre sur quoique ce soit. […] [il faut ajouter] qu’à cette époque, ça devenait de plus en plus dur de tenir la route. Personne ne s’intéressait plus à ce type de musique – ce qui n’a pas aidé. Je veux dire, le milieu des années 1990 [avec le succès du grunge et de l’alternatif] fut très dur pour le metal. Une grande partie de notre public n’était plus là. Et on luttait pour garder notre identité. On ne pouvait pas continuellement faire le même truc encore et toujours. On avait besoin en quelque sorte d’évoluer un peu. »32,Note 4

Second hiatus (1996-2004)

Le groupe se sépare après la tournée de Predator. Dirkschneider reforme la même année son groupe U.D.O. à l’occasion d’un album tribute pour Judas Priest. Stefan Kaufmann le rejoint. Hoffmann entame une carrière professionnelle de photographe publicitaire. En 1997, en guise d’adieu, un album live sort : All Areas World Wide, un live reprenant divers enregistrements de tournées entre 1993 et 1995 à travers différents endroits du monde, et comprenant des morceaux des différents albums de Breaker à Death Row. Cependant aucun titre extrait de Predator ne figure sur le live. En 1998, le même live sort sous un nom différent Final Chapter et une couverture alternative destinée aux marchés américain et japonais34. En 2000, Hoffmann enregistra un album solo reprenant bon nombre d’airs classiques qu’il jouait avec Accept (sur disque ou en tournée).

Seconde reformation (2005)

Accept lors de leur tournée des festivals en 2005

Le futur d’Accept restait incertain, car tous les membres continuent à travailler sur leurs projets respectifs. En 2005, le groupe se reforme temporairement pour ce qui semble être une tournée des grands festivals européens et japonais. Cette tournée passe notamment par le Wacken Open Air et le Rock Hard en Allemagne, le Sweden Rock, Le Metal Gods (Italie), le Waldrock aux Pays-Bas, le Graspop Metal Meeting en Belgique.

Le concert final a eu lieu le 27 août 2005 à Kavarna en Bulgarie au festival du Monsters of Rock. Lors d’une récente interview (2007) il fut demandé à Dirkschneider s’ils comptaient se reformer et écrire de nouvelles chansons, il répondit :

Ce serait un problème. Vous savez, il est facile de jouer des vieilles chansons, parce qu’elles existent déjà. Surtout pour moi parce que j’interprète toujours certains classiques avec U.D.O, mais pour les autres membres, ce fut plus dur. Mais tout le monde a fait un boulot extraordinaire sur scène. Je comprends que des gens veuillent un nouvel album d’Accept, mais composer des chansons à nouveau ensemble serait un désastre. On détruirait plus qu’on créerait. On a une bonne entente à présent et il est préférable de laisser les choses ainsi. Udo Dirkschneider-Lords of Metal35

Troisième reformation (2009–présent)

De gauche à droite, Herman Frank, Peter Baltes, Mark Tornillo et Wolf Hoffmann lors du concert de Stockholm, le 20 mai 2010.

Tout semblait fini, mais en mai 2009, une possible réunion d’Accept refait surface lorsque le bassiste Peter Baltes révèle qu’il a passé un week-end chez lui en Pennsylvanie à jammer avec le guitariste Wolf Hoffmann. « Quelque chose d’extraordinaire est en train de se mettre en place », expliquait Baltes. « Dès que je peux, je vous le ferais savoir. Faisons battre le « cœur de metal » (Metal Heart) à nouveau ». Le 14 mai, on annonce que Udo Dirkschneider ne participera pas la possible réunion d’Accept36.

Dans une interview à Metalzone, Dirkschneider s’est expliqué concernant son refus de faire partie de la reformation.

« Ils m’ont demandé, en premier, à moi et Stefan [Kaufmann] [de les rejoindre]. Mais j’ai déjà participé à une reformation. Ça ne marche pas en fin de compte. Je l’ai fait, en 2005, avec eux. […] Ils sont sortis du business depuis 15 ans et ils n’ont pas fait de nouvelles chansons, rien de nouveau, et pour moi c’était prendre un risque que de participer à cette reformation… je sais fermement qu’il n’est pas possible de faire de la musique ensemble – comme composer des nouveaux morceaux ensemble ; je sais pertinemment que ça ne fonctionne pas- Et ce risque, pour moi, est trop grand. Je veux dire, je suis très satisfait d’U.D.O., et je pense qu’avec U.D.O., nous prolongeons en un sens l’esprit d’Accept. Je suis à présent engagé avec U.D.O. depuis plus longtemps. – J’ai sorti plus d’albums avec U.D.O qu’avec Accept. Et j’ai dit « non, je suis plus à l’aise avec ce que j’ai maintenant. Je fais exactement le type de musique que j’aime faire. »37,Note 5

le chanteur Mark Tornillo et le guitariste Wolf Hoffmann à Stockholm, le 20 mai, 2010.

L’ancien chanteur de TT Quick, Mark Tornillo est alors contacté et serait choisi comme remplaçant de Dirkschneider. Cette nouvelle formation inclurait aussi le guitariste Herman Frank (ancien guitariste de 1982 à 84 et en 2005) et le batteur Stefan Schwarzmann (batteur du groupe en 1994 et 2005). Le groupe se met dès lors à l’écriture de nouvelles chansons et enregistre un nouveau disque pour 2010 avec le producteur Andy Sneap (qui avait précédemment travaillé sur les disques de Megadeth, BLAZE, Exodus, Testament, Arch Enemy et Onslaught). Ce nouvel album est intitulé Blood of the Nations.

Lors d’un reportage de Blabbermouth durant l’enregistrement de ce nouvel album, le groupe est revenu sur les circonstances de la réunion :

Hoffmann : « Tout a commencé en 2005, on a eu un tel succès lors des festivals, qu’on savait qu’on voulait revenir. Être là à faire un nouveau disque, c’est carrément incroyable, surtout d’avoir cette formation presque d’origine » […]
Baltes : « Udo était censé prendre part à ceci. Vous savez, quand on a fait les festivals en 2005. C’était un peu court. Mais Udo était déjà pris par U.D.O, ce qu’on pouvait comprendre.»
Hoffmann : « Puis tout à coup, comme je le disais, on a trouvé Mark.»
Baltes : « On était complètement étonnés parce que d’un seul coup on avait quelqu’un comme Udo, mais qui n’est pas un clone. Il a son propre caractère. »38

L’album est sorti en août 2010. C’est le premier album que le groupe sort depuis quatorze ans (depuis Predator en 96)39. Leur premier single « The Abyss » est sorti en mai 2010 et contient les nouvelles chansons « The Abyss » et « Teutonic Terror ». Ce dernier titre a fait également l’objet d’un clip vidéo, où l’on voit le groupe jouer au milieu d’un champ de bataille, parmi des tanks et des obus.

Leur première prestation live a eu lieu le 8 mai 2010 au Gramercy Theatre à New York. En juin, le groupe a joué en première partie en Allemagne pour AC/DC pour le concert de Stuttgart. Le 25 juin, le groupe est en tête d’affiche pour le festival Sonisphere en Roumanie, jouant pendant deux heures leur classiques « Balls to the Wall », « Metal Heart » ou « Princess of the Dawn » ainsi que quelques titres de leur prochain album.

Textes des chansons

Udo Dirkschneider lors des festivals de 2005

En 1986, dans un dossier consacré à Accept, Enfer Magazine soulignait l’importance des textes engagés du groupe:

« En France, la plupart des fans d’Accept, ne parlent pas l’anglais, de fait ils passent à côté d’un aspect essentiel du groupe: ses textes. En effet, contrairement à la majorité de ses confrères, ACCEPT a des choses à dire… et il les dit. » 14

C’est un élément que rappelait également Vanessa Warwick, en 92, lors d’une interview pour l’émission Headbangers Ball40 à l’occasion de la réunion d’Accept soulignant le contenu social des textes du groupe (Warwick utilisait plus exactement le terme consciencious lyrics à propos de leur textes).

Toutefois, les textes n’étaient pas encore centrés sur ces thématiques aux débuts de leur carrière. Les paroles du groupe étaient plutôt centrés sur des thèmes conventionnels du rock, tel que les hymnes au rock (« Burning », « That’s Rock’n Roll », « Feelings », « Shake your heads »), le sexe (« China Lady »), la rébellion et l’affirmation de sa différence ( « I’m a Rebel », « Down and Out », « Ahead of the pack »), le mode de vie de bikers (« Midnight Highway », « Restless and Wild »), l’amour (« Do it », « Breaking up Again », « Can’t stand the Night », « I wanna be no Hero », « Lady Lou »). Mais le groupe va se tourner vers des sujets plus sérieux et des textes engagés au cours des années 1980.

L’arrivée de Deaffy (alias Gaby Hauke Hoffmann), leur manager (et femme du guitariste) en tant que parolière va complètement changer l’orientation lyrique des textes. Deaffy s’était essayé à l’écriture dès l’album Restless and wild avec les titres « Princess of the Dawn » et « Neon Nights ». Mais c’est à partir de l’album Balls to the Wall qu’elle devient la parolière attitrée du groupe. Dès cet album les textes deviennent plus engagés et plus sérieux, abordant des thématiques sociales et politiques. L’historique « Accept Remembered » retrace cet épisode:

« Avec la parolière DEAFFY, ils ont créé un album concept qui a osé aborder des thèmes des plus délicats et des plus controversés, et qui n’avaient jamais été traités auparavant dans le heavy metal- Des sujets traitant notamment de certains aspects politiques, de l’amour, de la sexualité, de l’engagement, de la responsabilité, de l’opposition aux formes d’addiction de tout type. Les thèmes qui n’avaient jamais été explorés étaient présentés d’une façon qui inspira beaucoup à en discuter les différents points de vue. Les conceptions personnelles d’Accept divisèrent les opinions, et ce encore aujourd’hui, du fait du caractère controversé des paroles. Néanmoins, Accept acquirent un respect indiscuté au regard de leur responsabilité en musique. C’est ainsi qu’ils se positionnèrent par le passé et c’est ce qu’ils représenteront à jamais41,Note 6

Intrigué par cette nouvelle orientation plus sérieuse des textes, Enfer Magazine, interrogea, à l’époque, Stephan Kaufmann à ce sujet. Celui-ci expliqua :

« À présent nous sommes libres de dire, ce que l’on pense, car nous avons gravi les échelons du succès, donc on peut se permettre, de remettre les gens en place. À l’époque, certains de nos textes ont été censurés et si l’on voulait percer, on n’avait pas d’autres solutions que de dire amen. Ce qui est important de savoir, c’est que ce n’est pas parce qu’on joue du heavy metal, que l’on a pas de conscience sociale et que l’on se désintéresse du monde[…]Il est temps, que l’on se mette tous à parler d’évenements, que l’on vit au quotidien 42« !

Hoffmann remarquait également:

« Nous ne souhaitons en aucun cas écrire des textes idiots traitant de sexe, de drogue et de rock’n’roll . Nous nous sentions concernés par le monde qui nous entoure, aussi aimons nous aborder des sujets qui nous touchent. »29

Les chansons abordent des sujets divers et variés sur un ton parfois anarchiste et contestataire de la société. Les chansons s’avèrent souvent des critiques acerbes de divers aspects de la société tels que l’asservissement et l’oppression des esclaves dans le monde (« Balls to the Wall »), le conformisme social (« Fight it Back », « I don’t Wanna be like You« ), la guerre et le militarisme (« Wargames », « Man enough to Cry », « Walk in the shadow », « Stand tight », « Dead on« ), le fondamentalisme religieux (« Protectors of Terror », « Heaven is Hell »), les désastres écologiques dans l’indifférence générale ( « Writtings on the Wall« ), l’intolérance, le racisme et les préjugés (« Préjudices« ), le nazisme (« Stone Evil« ), l’affaire Rodney King et les injustices judiciaires conduisant à des émeutes (« Objection Overruled« ), la peine de mort (« Death Row« ), la violence gratuite à la télévision et l’hypocrisie des médias dans les journaux télévisés (« TV Wars »), la libre vente d’armes aux États-Unis et les divers faits divers qu’elle engendre (« Guns’R’us »), la drogue (« Midnight Mover », « Bullet Proof« ), la déchéance morale de la société moderne (« Metal Heart », « Sodom and Gommorah »). Les chansons peuvent aussi traiter et prendre position sur certaines questions sociales controversées comme l’euthanasie (« Monster Man ») ou l’homosexualité dans une société intolérante (« Love Child »).

Certaines chansons véhiculent des messages de rébellion aux connotations anarchistes notamment Balls to the Wall et Fight It Back. Leur célèbre chanson « Balls to the Wall », par exemple, traite à plusieurs niveaux métaphoriques de l’asservissement des êtres humains dans le monde, en tant qu’esclaves des divers systèmes et institutions, (« Too many slaves in this world die by torture and pain », « Boundage is over Human race ») et qu’un jour ils se réveilleront, briseront leur chaînes et renverseront leurs oppresseurs.(« One day the tortured stand up and revolt against the Evil. » « Watch the Damned, they’re gonna break their chains, You can’t stop them. They’re coming to get you »). Wolf Hoffmann expliquait à ce propos :

« On a toujours été intéressés par la politique, les droits de l’homme et les trucs du genre, c’est pourquoi beaucoup de nos textes de l’époque, et même plus tardifs d’ailleurs, étaient consacrés aux questions de droits de l’homme; et c’est de ça dont il est question dans « Balls to the Wall » : « un jour les opprimés se soulèveront et viendront leur botter le derrière ». [référence à un des vers de la chanson : « One day the tortured stand up »]43,Note 7.

Stefan Kaufmann expliquait lui aussi, dans une interview de l’époque, le sens qu’il donnait aux textes :

«  »Balls to the Wall », parle de la situation des hommes en général et de leur statut d’esclaves, vis-à-vis des institutions du système. Lorsque tu fais tout pour sortir de l’ornière de départ dans laquelle tu évolues et que rien ni personne ne daigne te donner un coup de main, tu es devant un mur d’indifférence. Et c’est ce mur qu’il faut arriver à franchir pour te dépasser. »44

Pour l’album Blood of the Nations, c’est le nouveau chanteur Mark Tornillo qui fut chargé d’écrire les nouveaux textes45. Comme l’explique Hoffmann:

« On était tous d’accord, pour dire qu’il était temps de donner à ce nouveau membre une chance de s’exprimer. Parce que a) Un chanteur chante probablement mieux s’il peut exprimer ses propres idées avec ses propres mots. Et b) c’est sa langue maternelle, il était normal de lui donner sa chance. Avec Udo, on était un peu obligé de faire autrement vu qu’il ne parlait pas vraiment anglais et ne savait pas écrire les textes »46

Controverses autour du groupe

Accusations de sympathies nazies

Dirkschneider dans une de ses tenues paramilitaires

Le groupe fut l’objet de nombreuses controverses en France et en Pologne eu égard à certaines accusations portées contre eux concernant d’hypothétiques sympathies nazies47. Ces accusations résultent principalement d’amalgames et d’interprétations fondées sur des apparences. Ces allégations ont été favorisées par leur origine allemande et le fait que Dirkschneider portait un costume paramilitaire47 sur scène. Mais ce qui a principalement déclenché ces rumeurs c’est le fait qu’ils aient choisi la mélodie traditionnelle « Ein Heller und ein Batzen » (plus connue sous le nom de « Heidi, Heido, Heida ») en introduction d’une de leur chanson de l’album Restless and Wild (« Fast as a Shark« )47. Une mélodie qui est souvent vue dans les pays qui ont été occupés pendant la seconde guerre mondiale (notamment en France et en Pologne) comme une chanson typiquement nazie, alors qu’il s’agit en fait d’une simple chanson à boire dans le folklore allemand48 – une chanson qui par ailleurs, préexistait au régime nazi (elle date de 1830)49. Udo Dirkschneider, le chanteur commente la controverse :

« Toute cette histoire est arrivée quand j’ai porté cet uniforme militaire. Et ils ont commencé à raconter des conneries !!! Ensuite, quand on a fait l’intro de « Restless and Wild », juste avant « Fast as a a Shark », ce passage « Heidi, Heido, Heida », c’était une chanson folklorique allemande. Nous avons découvert par la suite que les télés françaises et polonaises utilisaient cette chanson « Heidi, Heido, Heida » quand ils passaient des trucs sur la seconde guerre mondiale. Et donc on a eu pas mal de problèmes avec ça. Mais on l’ignorait, alors on a dû faire un tas d’interviews et de talk shows à parler de ça47,Note 8« .

Le groupe a souvent expliqué qu’ils ignoraient l’association qu’on pouvait en faire en France quand ils ont repris cette mélodie14, d’autant qu’elle n’a pas du tout cette signification en Allemagne. Le texte de la chanson « Fast As a Shark » ne fait même aucune allusion au nazisme. À l’origine, ils avaient choisie cette petite mélodie pour le contraste qu’elle offrait par rapport à l’agressivité de leur chanson.

« Nous ne connaissions même pas les implications de cette chanson. Nous avons cherché quelque chose qui soit en complète opposition avec ce que nous faisions. Nous avons écouté des tas de comptines enfantines et nous sommes tombés sur celle-là. Ce qui nous a tout de suite plu, c’est qu’elle n’avait pas de paroles. Pour le public c’était donc plus facile à reprendre en chœur. Nous l’avons joué partout sans aucun problème. C’est seulement à Paris, qu’on nous a affirmé que c’était une chanson nazie. Ce qui est d’ailleurs faux puisque que cette comptine est plus ancienne que cela14« .

« Cela pose problème surtout ici en France. Tout le monde, ici, me demande pourquoi, nous chantons « hi-dee-di-do » et affirme que ce serait une chanson nazie ou quelque chose comme ça. Mais on ne le savait pas. Personne en Allemagne n’a entendu parler de ça ! Elle n’est pas connue comme étant une chanson nazie. C’est une vieille chanson folklorique, qu’on a utilisé pour marquer un contraste avec la chanson heavy qui suivait. On l’a prise parce qu’elle n’avait pas de paroles. […] Personne en Allemagne n’a entendu parler de ça, ni en Angleterre, ni aux États-Unis. On a en entendu parler, surtout, ici en France. On ne pouvait pas le savoir, elle n’a jamais eu pour vocation d’être militaire ou nazie. C’est seulement un chanson folklorique. »50,Note 9

Ces accusations s’avèrent d’autant plus infondées que le groupe a toujours professé, dans leurs chansons, des opinions anti-nazies, anti-racistes (« Stone Evil », « Prejudices », « Objection Overruled ») et anti-militaristes (« Wargames », « Man Enough to Cry », « Walking in the Shadow » « Stand Tight »)14 . À ce sujet, le magazine Enfer Magazine, en 1986, prend la défense du groupe face aux accusations :

« Certains esprits chagrins ont cru déceler sous le heavy d’Accept, les oripeaux hideux d’un renouveau nazi. Désolé de les contrarier, mais tout ce qui précède le montre avec suffisamment d’éloquence : ils se fourrent le doigt dans l’œil [le magazine citait en détail le contenu et la thématique antimilitaristes et humanistes des chansons de l’album Russian Roulette] . Il serait temps d’évacuer une bonne fois pour toute, les relents pestilentiels d’une germanophobie rétrograde51« .

Dans le contexte de certains faits divers liés à des groupuscules néonazis dans les années 1990, Hoffmann remarquait également:

« Il y a ce problème de skinheads en Allemagne: ces gens qui agressent les étrangers et nous font une bien mauvaise réputation dans les autres pays. Cette réputation déteint sur les groupes allemands, y compris ceux de heavy metal, car certaines personnes font l’amalgame entre ces mouvements fascistes et ce genre de musique. Les gens se sentent très concernés par ce phénomène et nous aussi, par la même occasion. Je me souviens de cette controverse avec l’intro de « Fast as a Shark » pour laquelle nous avons été mal compris. Nous ne la jouons plus et gardons les yeux grand ouvert afin de ne pas répéter une erreur similaire et éviter que notre démarche puisse être mal interprétée. Nous nous sentons concernés par la situation, mais elle ne nous effraie pas. Je pense qu’il est bénéfique que tout le monde soit alerté car cela permet de traiter le mal par la racine. […]Nous sommes prêts à mener campagne et user de notre influence, à faire une déclaration claire contre ces agressions envers les étrangers. Nous avons beaucoup voyagé, été dans la position d' »étrangers » dans les pays que nous visitions et nous avons toujours été bien reçus. Nous souhaitons qu’il en soit de même dans notre pays. »29

Mais malgré les nombreuses clarifications et la thématique antinazie et antimilitariste de certaines chansons du groupe, ces accusations les ont poursuivis jusque dans les années 1990 – Bon nombre de chroniqueurs français successifs ne tenant pas compte des clarifications antérieures du groupe, ni du contenu des paroles des chansons. Par exemple, le journal Hardforce dans un dossier sur les dérives du metal, cite à nouveau Accept parmi les groupes nazis et prend à titre de preuve à charge le 45 tours de « Fast as A Shark52« .

En 1999, Wolf Hoffmann est revenu encore une fois sur la question, sur son site web personnel, exprimant son sentiment d’impuissance vis-à-vis de ces accusations qui reviennent sans cesse, et ce malgré les nombreuses clarifications du groupe:

« À propos de toute cette histoire de nazis qui auraient utilisé cette chanson en France et en Pologne. Qu’ils l’aient fait ou non, ou que cela ait été utilisé dans les films après, tout ce que je peux vous dire c’est que je n’en sais vraiment rien. Mais je sais que pour beaucoup de gens cela a été pris comme une chanson typiquement nazie. Ce qui nous a valu de nombreuses controverses à l’époque. De ce qui n’était à la base qu’une petite idée marrante, on en a fait une espèce de monstre. J’ai du l’expliquer des milliers de fois dans les interviews, mais un truc comme cela c’est comme se battre contre des moulins à vent, ça revient continuellement (et d’ailleurs je suis encore en train d’en parler !)« 53,Note 10

Accusations de sympathies soviétiques

Accept lors des festivals de 2005

L’album « Russian Roulette » a soulevé aussi certaines controverses. Kaufmann expliquait que quand l’album est sorti, le groupe a connu des problèmes de tournée aux États-Unis, parce que l’album était vu comme de la propagande pro-russe54. La pochette de « Russian Roulette » a d’ailleurs fait l’objet de censure aux États-Unis, avec un sticker insinuant que l’album faisait la promotion implicite du régime communiste de l’URSS, invitant les auditeurs à être prudents et à ne pas prendre leurs textes à la lettre55. Le documentaire Metal Blast From The Past évoquait à ce propos que le groupe avait été l’un des premiers dans l’histoire à faire l’objet d’une sticker Parental Advisory55. La chronique du Metal Observer en fait également écho :

« Russian Roulette fut l’un des tout premiers LP à être bénie des premiers stickers « Warning » aux États-Unis, grâce aux troupes de Tipper Gore« 56

L’album a connu les mêmes problèmes dans les pays de l’est, où l’album était, au contraire, vu comme de la propagande anti-russe54. En réalité, les textes de cet album n’ont rien à voir avec l’URSS. Ils ne se positionnent ni contre les États-Unis, ni contre l’URSS, mais sont principalement consacrés à la guerre. La plupart des textes sont marqués par une thématique antimilitariste57. Comme l’explique le groupe à propos du titre éponyme de l’album – « Russian Roulette » (Wargames) :

« C’est un peu le résumé de tout ce que nous voulons exprimer sur l’album. Si tu envoies tes enfants à la guerre, cela revient à les soumettre à la roulette russe. C’est un jeu, mais un jeu mortel. »14

La pochette montre les membres du groupes habillés en anciens militaires russes se prêtant au jeu de la roulette russe – Kaufmann tendant le pistolet à Dirskchneider. Eu égard aux controverses et aux malentendus qu’avait connus le groupe par le passé, le journal Enfer Magazine s’interrogeait justement sur la portée de leur pochette: « Ne pensez vous pas que la pochette de Russian Roulette soit un peu trop provocante? » Hoffmann confirmera l’attitude:

« C’est vrai, c’est une provocation. Mais il faut provoquer les gens pour qu’ils réalisent la gravité de certains problèmes »14

Controverses autour de thématiques homosexuelles

Le groupe a été également attaqué pour la thématique de l’album Balls to the Wall que certains jugeaient centré sur l’homosexualité54. Ces attaques sont dues notamment à la chanson « Love child » qui traite des problèmes d’identification d’un homosexuel dans la société54, mais aussi à cause de l’imagerie provocatrice et ambiguë de la couverture et des photos de session. À cause de la chanson « Love child », certains, par association d’idées, ont cru voir aussi le thème de l’homosexualité dans d’autres chansons comme « London Leather Boys » et « Turn me on » qui pourtant n’auraient rien à voir avec le sujet. « London Leather Boys », au niveau le plus littéral, parle du mode de vie de bikers et « Turn me On » ferait référence à une anecdote concernant l’un de leurs Roadies54. Hoffmann dément, pour sa part, que les textes de « London Leather Boys » aient un rapport avec la thématique gay58. Toutefois Stefan Kaufmann, dans une interview à Enfer Magazine (1983), confirmait, au contraire, que la chanson traitait bien du thème59. En revanche dans d’autres interviews, Kaufmann décrit lui-aussi le morceau comme une chanson sur les bikers. Il commente d’ailleurs la controverse à propos de cet album en ces termes :

« J’ai été surpris par beaucoup de choses.[…] D’abord, « Balls to The Wall » fut qualifié de premier album de « gay metal », puis il fut dit que cela parlait du mur de Berlin, et personne n’a pris la peine de lire les paroles. Cela parlait des minorités, c’est tout. Par exemple, « London Leather Boys » parlait de punks ou de bikers ou quelque chose du genre (Udo parle de bikers), profitant de la vie. Ce sont des gens normaux, c’est juste qu’ils ont l’air différents et qu’ils se comportent de façon différente. Mais ce sont des gens normaux, juste une autre minorité. Et « Love Child » est centré sur les gays, c’est vrai, mais c’était principalement pour parler de la façon dont les gens sont opprimés54. »

Wolf Hoffmann a également commenté l’affaire, en rétorquant aux interviewers qui lui posaient la question :

« Vous, les Américains, êtes tellement coincés à ce sujet. En Europe, ça n’a jamais eu d’importance… On voulait juste être un peu polémiques et différents en touchant à ces sujets sensibles, parce que ça nous faisait de la pub, et en vérité ça a fabuleusement bien marché, vous savez. Et puis, on souhaitait avoir des textes qui aillent un peu au-delà des niaiseries habituelles du type « Cherry Pie58« .

Il a expliqué que le concept était une idée de sa femme Deaffy (alias Gaby Hoffmann) qui visait principalement à une légère provocation en tapant dans les tabous. La parolière a elle aussi démenti les allégations concernant les soit-disantes orientations homosexuelles du groupe. En revanche, elle a toujours clamé se positionner contre toute discrimination des minorités, y compris l’homophobie.

« J’ai toujours été très rebelle et en aucun cas je n’aurais écrit quelque chose de « normal » ! Jamais ! La question de l’orientation sexuelle à propos du contexte de certains textes n’est que spéculation et pure interprétation de gens extérieurs. Ce groupe en tant qu’individus a si peu à voir avec les controverses et absolument rien en particulier avec quoi que ce soit d’autre que d’être vraiment hétéro. Tout ce que je peux dire, c’est que les paroles ont un sens plus profond et cela me surprend que le public ait si peu cherché à aller au-delà d’une seule interprétation. Cependant, cela aura valu au groupe d’être le tout premier à s’engager dans de telles controverses. Bon nombre de groupes célèbres précisent qu’Accept a été très innovant et fut une source d’inspiration de par leur hardiesse à aborder ces problèmes de la vie quotidienne ; des questions de justice à celles de l’euthanasie, etc.) »60

Stefan Kaufmann va dans le même sens que Deaffy au niveau de son positionnement contre l’homophobie. Dans une interview à Enfer Magazine en 83, il remarquait à propos de cette thématique de l’homosexualité qu’ils avaient abordée :

« C’est un phénomène qu’il faut prendre en considération; car il existe à une grande échelle et il faut démystifier. En fait c’est un phénomène de société qu’il est nécessaire de prendre comme tel. Pendant longtemps les homosexuels ont été considérés comme des fous et des malades. Or il est temps de respecter ces gens là, d’ouvrir nos esprits qui sont souvent obtus. »44

Pour Martin Popoff, ce positionnement gay-friendly avait de quoi surprendre dans le contexte du metal de l’époque encore fortement dominé par une ambiance ultra-masculiniste54.

Formation

Troisième et actuelle formation (2009-aujourd’hui)

Seconde reformation (2005)

Première reformation (1992-1996)

Formation classique (1979-1987)

Chronologie de la formation au cours de sa carrière

Ancien membres

Accept dans la culture populaire

La chanson Fast as a Shark fait partie de :

La chanson Balls to the Wall fait partie de :

De plus, la chanson fait partie du classement des 40 meilleures chansons de Metal selon VH163 (à la trente-huitième place).

Discographie

Article détaillé : Discographie d’Accept.

Albums studio

Singles

Live

Compilations et florilèges

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s