The Doors


The Doors est un groupe de rock américain fondé en juillet 1965 à Los AngelesCalifornie et dissout en 1973, deux ans après la mort du chanteur Jim Morrison.

Malgré une existence plutôt brève, The Doors est l’un des groupes les plus marquants de l’histoire du rock, et sa musique a influencé de nombreux artistes. Très populaires pendant leurs années d’activité grâce à des titres comme Break On Through ou Light My Fire, les quatre musiciens connurent cependant une plus grande popularité après leur dissolution notamment en raison du culte voué à leur chanteur, Jim Morrison, poète et performer charismatique, dont la vie tumultueuse et la mort précoce ont contribué à créer la légende1. The Doors a réussi a vendre plus de 32.5 millions d’albums aux États-Unis et plus de 100 millions à travers le monde2.

Affilié à la scène du rock psychédélique, le groupe s’est distingué par une musique protéiforme et assez unique empruntant à la fois au blues, au funk (Peace Frog), au jazz3 mais aussi au flamenco (Spanish Caravan), et aux musiques de fanfare (Alabama Song), et profondément influencée par l’art et la poésie en particulier4. Toutes ces caractéristiques ont fait de The Doors un groupe « culte » qui a inspiré de nombreux artistes5.

Sommaire

Composition

Bassistes en studio

L’une des particularités de The Doors est l’absence de bassiste en son sein : en concert, Ray Manzarek assure les parties de basse sur son piano basse Fender Rhodes. Toutefois, les musiciens font appel à de nombreux bassistes pour l’enregistrement de leurs albums en studio.

Carrière

Jim Morrison (Graffiti à Rosario enArgentine)

Les débuts

La formation des Doors résulte de la rencontre entre deux étudiants diplômés de l’UCLA, Jim Morrison et Raymond (Ray) Manzarek. Le 8 juillet 1965, Morrison retrouve Manzarek sur une plage de la côte californienne, à Venice et lui fait écouter quelques textes qu’il a écrit dont Moonlight DriveMy Eyes Have Seen You et Summer Almost Gone6. Frappé par leur intensité lyrique, Ray Manzarek propose à Morrison de former un groupe de rock mettant en musique ses textes. Cette idée avait déjà attiré Morrison qui imaginait déjà à l’époque la mise en scène d’un gigantesque concert rock. Sur une proposition de Jim Morrison, ils choisirent de s’appeler The Doors. Ce nom renvoie à un livre de Aldous HuxleyThe Doors of Perception, où l’auteur narre son expérience des drogues, titre lui-même inspiré d’un vers du recueil de poème Le Mariage du Ciel et de l’Enfer, de William Blake : « If the doors of perception were cleansed, every thing would appear to man as it is: infinite » (« si les portes de la perception étaient purifiées, toute chose apparaîtrait à l’homme telle qu’elle est : infinie »). Ray Manzarek l’intégra alors à la formation dans laquelle il évoluait comme organiste avec ses frères : Rick and The Ravens. The Doors se composaient donc à l’origine de Jim Morrison au chant, Ray Manzarek aux claviers, Rick Manzarek à la guitare, Jim Manzarek à l’harmonica, Patricia Sullivan à la basse et Vince Thomas à la batterie.

Rapidement, Vince Thomas quitte le groupe et les Doors doivent trouver un nouveau batteur.

C’est au cours d’une conférence sur la Méditation Transcendantale, que Ray Manzarek rencontre le batteur John Densmore, celui-ci avait payé 35 dollars pour un mantra personnalisé. « Il n’y aurait pas eu les Doors sans Maharishi«  dit Densmore, qui se rappelle le gourou « ce mec androgyne sorti de petits contes de féés étranges » et de qui émanait une « vibration d’amour palpable »7. John Densmore, alors batteur de The Psychedelic Rangers, impressionné par le charisme de Morrison et le potentiel « commercial » de ses textes, rejoint The Doors en août 1965. Le groupe qui officie encore sous le nom de Rick and The Ravens entre alors en studio pour enregistrer six titres: Moonlight Drive, « My Eyes Have Seen You », Hello I Love YouSummer Almost GoneEnd Of The Night et Go Insane (A Little Game). Déçus par la direction musicale que prend le groupe, les deux frères de Ray le quittent. John Densmore conseille à Jim et à Ray un guitariste de blues et de flamenco, qui assiste aussi au cours de méditation transcendantale : Robbie Krieger. En septembre 1965, Robbie Krieger qui avait joué avec John Densmore dans les Psychedelic Rangers intègre définitivement le groupe qui prend définitivement le nom de The Doors.

Plus qu’un guitariste, Krieger est aussi un compositeur de talent : c’est lui qui écrira certains des plus grands succès de The Doors comme Light My Fire ou Love Me Two Times. À peu près à la même époque, la bassiste Pat Sullivan qui avait enregistré quelques démos avec The Doors, quitte à son tour le groupe. Ray Manzarek découvre alors le clavier-basse Fender Rhodes, dont le son remplace la basse. The Doors n’embaucheront désormais plus aucun bassiste pour jouer sur scène (même s’ils feront par la suite appel à de multiples bassistes lors de leur sessions d’enregistrement).

Pendant l’automne 1965, munis d’une démo enregistrée à la fin de l’été, les membres du groupe démarchent plusieurs maisons de disques mais toutes les refusent. En décembre, faute de mieux, The Doors s’engage dans un bar de Los AngelesThe London Fog, qu’ils animent régulièrement pendant le premier semestre 1966. Puis ils décrochent en mai 1966 un nouveau contrat avec le Whisky A Go-Go, un autre bar branché de Los Angeles. Ils y assurent notamment les premières parties du groupe irlandais Them, dont le chanteur Van Morrison (aucun lien de parenté) a une considérable influence sur Jim : le peu d’importance que Van accorde à un public qu’il insulte régulièrement et son penchant pour la boisson marquent à vie Jim et les autres membres du groupe, qui reprennent ensuite régulièrement sa chanson Gloria. Ces débuts difficiles permettent au groupe de se forger une expérience scénique solide, de maîtriser de nombreuses reprises et de tester leurs propres compositions.

En juin 1966, le groupe parvient enfin à signer un contrat avec la maison de disques Elektra (représentée par Jac Holzman) : le contrat prévoit une collaboration pour un minimum de six albums. En juillet, lors d’une performance de The Doors au Whiskey A Go Go, Jim Morrison, qui a avalé du LSD, et sans doute inspiré par les écrits de Freud sur le complexe d’Œdipe, improvise des paroles sur la section musicale centrale de la chanson The End : « Father. Yes son? I want to kill you. Mother, I want to fuck you all night long » (« Père. Oui fils ? Je veux te tuer. Mère, je veux te baiser toute la nuit »). Scandalisé, le patron du Whiskey A Go Go jette The Doors dehors sans même leur laisser le temps de terminer le morceau. Ce premier incident inaugure une longue série de provocations transgressives : elles deviennent caractéristiques de The Doors et contribuent à forger la légende de Jim Morrison.

Le succès

The Doors (l’album)

Au cours de l’automne 1966, The Doors enregistrent leur premier album, sobrement intitulé The Doors, caractérisé par un son unique résultant de la combinaison du style virevoltant de Manzarek à l’orgue Vox continental, des tonalités jazz de Densmore et des réminiscences de flamenco et de musique indienne apportées par Krieger. Il s’ouvre sur un morceau bref et très rythmé, Break on Through (To The Other Side), à valeur de manifeste puisqu’il invite à dépasser les apparences banales et à passer « de l’autre côté » par l’usage de la drogue. Quelques paroles de la chansons vont être censurées : ainsi, She gets high (elle plane) sera amputée en She getsBreak On Through (To the Other Side) sera le premier single du groupe. Il sera l’objet d’un clip vidéo réalisé par Manzarek et Morrison. L’album comprend également des titres où la musique met en valeur la qualité poétique des paroles de Morrison (Soul Kitchen ; The Crystal Ship), des chansons plus légères correspondant mieux à l’esprit « rock ‘n roll » inspiré par l’insouciance (Twentieth Century Fox ; I Looked at You), et des reprises : Alabama Song (qui est tirée de Grandeur et décadence de la ville de Mahagony de Kurt Weill, sur des paroles de Bertolt Brecht) et Back Door Man, un blues deWillie Dixon. Le disque s’achève dans la longue composition The End, dont l’atmosphère troublante s’intensifie grâce aux paroles tour à tour mystérieuses (Weird scenes inside the gold mineScènes étranges dans la mine d’or), évocatrices (Ride the snake/To the lake/The ancient lake, « Chevauche le serpent/Jusqu’au lac/Le lac primordial ») et scandaleuses (la fameuse « section œdipienne », maintenue textuellement sur l’album).

Achevé en une semaine grâce au professionnalisme acquis par le groupe, l’album paraît en janvier 1967. Les critiques sont d’abord peu enthousiastes mais, au cours du printemps, Richard Goldstein rédige un article élogieux où il écrit, à propos de The End : « quiconque conteste la notion de littérature rock devrait méditer sur cette chanson ». Pendant ce temps, The Doors ré-enregistrent l’un des titres de l’album, Light My Fire (dont les paroles sont de Robbie Krieger, et non de Jim Morrison) pour la réduire de six à trois minutes afin de pouvoir la sortir en single le 3 juin. Le succès est immédiat : dès le 25 juillet, Light My Fire, véritable hymne à l’amour fou, atteint le n°1 du Billboard et y reste pendant six semaines, devenant le titre culte de The Doors. Le groupe est alors acclamé à la fois par la presse adolescente (notamment 16) mais aussi par la presse intellectuelle « sérieuse » (NewsweekTimeVogue, etc.), séduite par la qualité lyrique des paroles de Morrison. Il n’était guère fréquent de trouver un groupe de rock qui citât BlakeBrecht ouFreud. Le 17 septembre 1967, The Doors se rendent à New York pour passer dans la très populaire émission télévisée Ed Sullivan Show où ils interprètent notamment Light My Fire. La direction d’antenne exige cependant qu’ils modifient le vers « we couldn’t get much higher » (« on ne pourrait pas planer plus haut ») susceptible de choquer l’Amérique bien-pensante. Morrison ne respectera pas les souhaits de la chaîne. Le groupe ne sera plus jamais invité à l’émission par la suite. C’est pendant ce séjour à New York, que Joel Brodsky réalise les célèbres photos de Jim Morrison torse nu. Ces photos vont énormément contribuer à façonner l’image d’éphèbe de Morrison et à populariser The Doors aux États-Unis.

Strange Days

En octobre 1967, l’album The Doors et le single Light My Fire deviennent tous deux disques d’or. La sortie, au même moment, du deuxième album, Strange Days, contribue à maintenir le groupe sur le devant de la scène. Plus déconcertant encore que le premier disque, Strange Days exprime, au travers de plusieurs titres, une sensation de malaise, de perte d’identité, de solitude (Strange Days ; You’re Lost, Little Girl ;People Are Strange). Des chansons en apparence plus romantiques (Love Me Two Times ; Moonlight Drive ; My Eyes Have Seen You) laissent percer un sentiment d’urgence, d’imminence, qui se teinte même d’agressivité. Ces impressions morbides culminent dans le morceau central de l’album, Horse Latitudes, un poème écrit par Jim Morrison pendant ses dernières années de lycée, et où il décrit l’épouvante de chevaux jetés à la mer par des marins pour alléger leur navire. Le disque s’achève, comme le premier opus, sur une longue composition presque apocalyptique, avec en introduction le riff de Ray Manzarek, sur son VOX Continental, When The Music’s Over, où Morrison exprime, sous sa forme la plus ramassée et la plus dense, la révolte de la fin des sixties contre le puritanisme américain : « We want the world and we want it… NOW ! » (« Nous voulons le monde et nous le voulons… MAINTENANT ! »).

L’identité complexe de The Doors séduit des foules toujours plus nombreuses de jeunes Américains qui se reconnaissent dans la révolte exprimée par la musique et les paroles du groupe, laquelle s’inscrit dans un mouvement plus ancien et plus général de protest song. Par ailleurs, Jim Morrison pose pour de nombreux magazines, et son physique avantageux fait de lui un sex-symbol aussi adulé que James Dean ou Marilyn Monroe.

À cela s’ajoute sa réputation sulfureuse de drogué dionysiaque, d’alcoolique notoire et de poète maudit. Mais ce sont surtout les performances scéniques de Morrison qui conduisent le groupe à une incroyable notoriété. Jim, qui a étudié l’ouvrage de Gustave Le Bon La Psychologie des foules, sait moduler ses interventions selon le public, s’appuyer sur ses réactions, plaisanter au moment opportun. Il fait rapidement la preuve qu’il peut manipuler le public à son gré : ainsi le 5 décembre 1967, au cours d’un concert à New Haven, Morrison s’arrête de chanter en plein milieu d’un morceau, s’asseoit sur le bord de la scène, allume tranquillement une cigarette puis, alors que le public observe un silence à la fois étonné et respectueux, le chanteur commence à raconter que, juste avant le début du concert, il se trouvait dans les coulisses avec une fille, qu’un policier l’a pris pour un rôdeur mal intentionné et l’a aspergé de gaz irritant. Tandis que les agents de police chargés de la sécurité s’inquiètent de ces propos, Morrison invective la foule : « Leur devise, c’est Protéger et servir ». Un policier intervient alors directement sur scène et arrête Morrison pour trouble à l’ordre public. Le public murmure, s’indigne, mais finit par se disperser dans le calme. Le 10 mai1968, à Chicago, Morrison va plus loin et transforme le concert en émeute. Pourtant, cette virtuosité de Morrison face à la foule pouvait aussi s’exercer dans une direction radicalement opposée : ainsi le 13 décembre 1968, au début d’un concert à Los Angeles, il parvient, en quelques phrases, à désamorcer l’ambiance explosive et à ramener un calme presque complet.

Des difficultés croissantes

Waiting for the Sun

Cependant, le succès de The Doors déstabilise profondément Jim Morrison, lequel sombre petit à petit dans l’alcool et la drogue (voir aussi, sur ce point, Jim Morrison). Les concerts des Doors deviennent de plus en plus chaotiques, en fonction de l’état d’ébriété de leur chanteur. Il n’est pas rare de le voir s’écrouler sur scène et insulter le public. Lors de certains concerts, Ray Manzarek est même contraint de chanter certaines chansons que Jim Morrison est incapable d’interpréter: comme lors d’un concert à Amsterdam où l’organiste remplace pendant tout un concert entier, Morrison qui s’est écroulé à la suite d’un abus de drogues et d’alcool et emmené à l’hôpital8. Dès mars 1968, les autres membres du groupe se sentent obligés de placer Morrison sous surveillance et ils engagent à cet effet Bobby Neuwirth9. Au printemps, The Doors enregistrent leur troisième album, Waiting For The Sun, mais les tensions s’avivent au sein du groupe et plusieurs disputes éclatent. En particulier, après de longues discussions, le groupe décide de supprimer une très longue chanson, The Celebration Of The Lizard, qui devait occuper une face entière de l’album, et de n’en conserver que la section centrale sous le titre Not To Touch The Earth.

Démotivé, en panne d’inspiration, Morrison renâcle de manière de plus en plus marquée : Robbie Krieger complète l’album avec trois titres de sa plume (Wintertime Love ; Spanish Caravan ; Yes, The River Knows). Finalement publié au début de juillet 1968, et malgré ces difficultés, l’album est reçu avec enthousiasme par la presse pendant l’été, en particulier grâce à la chanson pacifiste Unknown Soldier dont le dernier vers,« The war is over » (« La guerre est finie »), par sa simplicité même, se transforme rapidement en slogan politique des opposants à la guerre du Viêt Nam. Le magazine Crawdaddy décrit l’effet de la chanson sur le public de The Fillmore : « la foule des adolescents, libérant plusieurs mois de frustration, exulta en hurlant dans les allées : La guerre est finie ! The Doors ont arrêté la putain de guerre ! »

Ces remarquables performances scéniques, renouvelées tout au long de la tournée européenne entreprise par le groupe en septembre 1968, n’empêchent cependant pas Morrison de se détacher peu à peu du rock. Dès le mois de juin, à l’effroi des autres membres de The Doors (qui sont encore tenus contractuellement par Elektra pour trois albums), Morrison a annoncé son intention d’interrompre sa carrière de chanteur. En octobre, alors qu’il profite d’un repos à Londres, il fait la connaissance de Michael McClure, poète du mouvement « beat » proche de Jack Kerouac et de Ferlinghetti. Morrison semble alors s’orienter vers la poésie (voir sur ce point Jim Morrison).

Ces nouveaux choix professionnels se conjuguent avec le visionnage des rushes du concert donné par The Doors au Hollywood Bowl, à Los Angeles, le 5 juillet 1968. Jim Morrison, frappé par ces images, déclare :« voir une série d’événements que je croyais contrôler… Je me suis d’un seul coup rendu compte (…) que j’étais seulement la marionnette de nombreuses forces dont je n’avais qu’une vague notion ». Par la suite, il deviendra de plus en plus prudent dans ses « manipulations » du public.

The Soft Parade

Le désintérêt de Morrison pour le rock s’accroît encore au début de l’année 1969, lors de l’enregistrement du quatrième album, The Soft Parade : il n’écrit que quatre des neuf chansons du disque, les autres étant signées Krieger. Excédé par le vers « Tell all the people « Get your gun » » (dans la chanson Tell All The People de Krieger), Morrison s’indigne : « On ne peut pas conseiller aux gens de prendre leur flingue ! » Aussi exige-t-il que les auteurs des chansons soient identifiés sur la pochette de l’album (jusqu’à présent, toutes les chansons étaient signées The Doors sans autre précision). Enfin, la froideur de Morrison envers les autres membres du groupe vire à la colère lorsqu’il découvre que Krieger, Manzarek et Densmore ont accepté de vendre la mélodie de Light My Fire au constructeur automobile Buick en vue d’une publicité. La production de l’album l’éloigne énormément des recettes qui avaient fait le succès des albums précédents.

Le concert de Miami

Le 1er mars 1969, Jim arrive avec plus d’une heure de retard au concert prévu à Miami. De plus, le promoteur du concert avait vendu plus de places que la salle ne pouvait en accueillir ce qui allait forcément poser un problème de plus par la suite. Il a raté deux fois son avion : ivre mort, il ne parvient pas à chanter une seule chanson dans son intégralité, s’interrompant sans cesse pour digresser, plaisanter, traiter le public de« bunch of slaves » (« bandes d’esclaves »), de « bunch of idiots » (« bandes d’abrutis »). Il invective la foule : « How long are you gonna let it go on ? Lettin’ people push you around ? How long d’ya think it’s gonna last ? Maybe you like it, maybe you like being pushed around… Maybe you love it, maybe you love gettin’ you face stuck in the shit… » (« Combien de temps allez-vous vous laisser faire ? Vous laissez les gens vous bousculer. Combien de temps cela va-t-il encore durer à votre avis ? Peut-être que vous aimez ça, peut-être que vous aimez qu’on vous bouscule… Peut-être même que vous adorez ça, que vous adorez qu’on vous mette la tête dans la merde… »). Un peu plus tard pendant le concert, Jim simule une fellation à Robbie Krieger, accroché à sa guitare10.

Puis intervient l’incident fatal : reprenant un de ses « discours » bien rôdés pour manipuler le public, Morrison annonce : « Nous sommes là pour jouer de la musique, mais ça ne vous suffit pas, pas vrai ? Vous en voulez plus… Vous voulez quelque chose de plus… » Taquinant encore la foule, il finit par annoncer qu’il va se montrer nu. L’a-t-il fait ? La question reste ouverte. Une extrême confusion régnait à ce moment dans la salle de concert, et un doute subsiste quant à la probité des témoins de l’accusation. Morrison lui-même restait dans l’incertitude. Il déclarera plus tard qu’il ne se souvenait plus, qu’il était bien trop ivre pour se souvenir. Son sexe ne fut cependant pas montré au public comme l’a affirmé la centaine de photographes présents.

Les réactions ne se font pas attendre : alors que The Doors profitent de trois jours de repos en Jamaïque, dès le 4 mars, les journaux conservateurs de Miami appellent à une « réaction contre l’obscénité ». Le 5, Jim Morrison est inculpé sous quatre chefs : « comportement indécent », « nudité publique », « outrage aux bonnes mœurs » et « ivresse publique ». Dans la foulée, les concerts à Jacksonville, à Dallas, àPittsburgh, à Providence, à Philadelphie, à Cincinnati, à Cleveland, à Détroit, sont annulés. Il faut attendre le mois de juin pour que l’agitation se calme un peu, et que Chicago, puis Minneapolis, accueillent The Doors. Dans cette atmosphère tendue, la sortie de The Soft Parade, en juillet, passe presque inaperçue.

Le groupe n’en commence pas moins, courant septembre, à enregistrer un cinquième album. Le 9 novembre, comparaissant devant les juridictions de Floride, lors d’une audience préliminaire, Morrison décide de plaider non coupable. Le procès commencera en août 1970 et se soldera, le mois suivant, par la relaxe pour les chefs de « comportement indécent » et « d’ivresse sur la voie publique », mais assorti d’une condamnation à huit mois de prison et à une amende de cinq cents dollars pour les deux autres chefs d’accusation, dont il est reconnu coupable.

Entre-temps, le cinquième album, Morrison Hotel, paraît en février 1970, avec un groupe au mieux de sa forme. Militant pour les engagements typiques du mouvement hippie (Ship Of Fools traite de la dégradation de l’environnement), l’album renoue musicalement avec une tradition rock plus classique (Roadhouse Blues) traitant des thèmes comme l’amour (You Make Me Real ; Queen Of The Highway ; Blue Sunday ; Indian Summer), sans abandonner des compositions plus élaborées aux paroles portant le lyrisme caractérisitique de Morrison (Waiting For The Sun ; Land Ho!), ainsi que le sentiment de malaise qui dominait Strange Days (Peace Frog ; The Spy). Le disque reçoit des critiques extrêmement élogieuses, lesquelles n’hésitent pas à parler du « retour » de The Doors.

L’automne 1970, gâté par le procès de Jim Morrison, retarde les répétitions pour le sixième album, lesquelles ne commencent qu’en novembre. Le 8 décembre, le jour de son vingt-septième anniversaire, Jim se rend au studio et enregistre une lecture de certains de ses poèmes. Les 11 et 12 décembre, The Doors donnent leurs derniers concerts avec Jim Morrison à Dallas et à la Nouvelle-Orléans.

L.A Woman

Début janvier 1971, The Doors enregistrent leur sixième album, LA Woman en dix jours seulement. Cette brièveté n’est pas sans rappeler l’enregistrement du premier disque. Ce dernier opus avec Morrison prend une tonalité beaucoup plus sombre (Cars Hiss By My Window ; Been Down So Long) et inspirée par le blues (LA Woman ; Riders On The Storm), malgré quelques morceaux purement rock (The Changeling ; Love Her Madly) et une composition où la musique éclaire l’un des meilleurs textes de Morrison, The W.A.S.P. (Texas Radio And The Big Beat). Une critique unanime salue le disque, souvent considéré comme le meilleur du groupe. Pourtant, la décision de Jim apparaît désormais irrévocable : il choisit d’abandonner la carrière de chanteur rock, de réduire sa consommation d’alcool, et de se consacrer à la production de films tout en poursuivant son travail poétique, déjà solidement lancé par les encouragements de Michael McClure et par la publication en avril 1970, chez Simon & Schuster, d’un double recueil, The Lords and The New Creatures (voir Jim Morrison).

Décès de Jim Morrison

La tombe de Jim Morrison au cimetière du Père-Lachaise

Paris, où il s’exile en mars 1971, avec sa compagne Pamela Courson, qui était née en 1946, et qui décédera d’une overdose en 1974, Jim Morrison espère pouvoir oublier l’Amérique, sa propre image de rock star, pour se concentrer sur sa création poétique. Il souhaite également oublier Los Angeles et le procès de Miami qui l’a plongé dans un état de dégoût permanent. Après les décès tragiques de Brian JonesJimi Hendrix et Janis Joplin, il se désigne volontiers comme le suivant de la liste. Mais pour lui, Paris est la ville lumière, la patrie de nombreux écrivains qui l’ont influencé, la terre d’asile d’Henry Miller et d’Ernest Hemingway. Jim Morrison est à la recherche d’un nouveau départ, d’un nouveau souffle. A-t-il quitté The Doors avant son départ pour la France, comme certains l’ont affirmé ? Tout porte à croire que non, puisqu’il envisage, dès son retour, l’écriture d’un nouveau disque, ainsi que l’enregistrement d’un album parlé avec ses propres poèmes. Lorsque John Densmore lui apprend au téléphone que leur dernier album L.A. Woman, vient de remporter un disque d’or, il en est ravi (in Christophe DauphinJames Douglas Morrison ou la nuit du lézard, éditions de l’Acanthe, 2001).

Les autres membres du groupe, quant à eux, prennent quelques vacances et évoquent la possibilité d’un septième album. Le 5 juillet, pourtant, une rumeur court à Los Angeles selon laquelle Jim serait décédé. Dépêché sur place dès le 6, Bill Siddons, le manager de The Doors ne peut que confirmer : Jim Morrison est mort dans la nuit du 2 au 3 juillet, officiellement d’une crise cardiaque dans sa baignoire, selon l’avis de décès.

Parce qu’il n’y a pas eu d’autopsie, parce que Bill Siddons n’a pas vu le cadavre de Morrison (mais seulement son cercueil), parce que la nouvelle sera étouffée pendant quelques jours, les circonstances et les causes du décès de Jim Morrison ne cesseront par la suite d’alimenter des polémiques et des rumeurs. De nombreux témoignages (notamment issus d’un reportage de Michäelle Gagnet diffusé sur France 2 « les derniers jours de Jim Morrison ») évoquent entre autres l’hypothèse d’une mort par overdose d’héroïne. Sam Bernett, directeur de la boîte de nuit, le Rock and Roll Circus(ultérieurement renommée le « Whisky A Gogo » en référence au fameux night club d’Hollywood (L.A.) où le groupe se produisait à ses débuts) raconte (dans The end – Jim Morrison, éd. Privé, 2007) comment il découvrit (ce qui est très contesté) Jim mort d’overdose dans les toilettes de son établissement avant qu’on ne transporte le corps dans la baignoire de l’appartement où il fut officiellement trouvé par Pamela Courson. Jim Morrison est enterré dans une grande discrétion le 7 juillet, au Cimetière du Père-Lachaise, à Paris. Aucun des membres des Doors n’est présent.

The Doors après la mort de Jim Morrison

La mort de Jim Morrison intervient dans un climat politique difficile aux États-Unis. L’opposition à Richard Nixon et à la guerre du Viêt Nam grandit, et plusieurs rock-stars (Jimi HendrixJanis Joplin) sont mortes elles aussi d’overdose, tandis que les deux leaders du mouvement afro-américain, Malcolm X et Martin Luther King ont été assassinés.

Il semblait inévitable que ce décès prématuré, ces obsèques précipitées sans même une autopsie pour déterminer les causes de la mort, dans un pays étranger de surcroît, provoquât des rumeurs et de nombreuses interrogations. Plusieurs thèses s’affrontent. Certains, peut-être avaient-ils raison, prétendent que le FBI avait une « liste noire » de personnalités charismatiques « dangereuses », pour ne pas dire « à abattre », et que Jim Morrison figurait sur cette liste. D’autres encore prétendent que Morrison aurait en fait orchestré un « décès fictif » destiné à couvrir sa fuite, et qu’il serait toujours vivant.

L’hypothèse d’un simple arrêt du cœur à la suite d’une vie d’excès (Morrison se vantait d’avoir pris deux cents fois de l’acide) paraît encore la plus vraisemblable : il reste néanmoins que cette mort mystérieuse, à un âge si peu avancé, dans le pays même qui vit naître Rimbaud, ne pouvait qu’ajouter à la légende de Jim Morrison et contribuer à lui offrir une aura de « poète maudit » que plus rien ne pourra contredire aujourd’hui puisque le seul témoin direct, Pamela Courson, est décédée d’une overdose d’héroïne en 1974.

Les membres restants tentèrent malgré tout de faire survivre le groupe mais deux albums boudés par le public, Other Voices (1971) et Full Circle (1972), poussent le groupe à l’éclatement. Il se reforme brièvement en 1978 pour composer des morceaux qui serviront de support mélodique aux enregistrements de poèmes réalisés par Morrison le 8 décembre 1970, et publiés en disque sous le titre An American Prayer. L’intérêt pour The Doors fut ensuite relancé par Oliver Stone qui consacra, en 1991, son film The Doors au parcours du groupe, en s’inspirant de la biographie de Jim Morrison écrite en 1980 par Jerry Hopkins et Danny Sugerman, No One Here Gets Out Alive (Personne ne sortira d’ici vivant).

À la fin de 2002, Manzarek et Krieger ont ressuscité The Doors en recrutant Ian Astbury du groupe The Cult au chant, le batteur Ty Dennis et le bassiste Angelo Barbera, ces deux derniers faisant partie du Robby Krieger Band. En 2005, le groupe se renomme du titre d’une de leur plus célèbre chanson, Riders On The Storm, suite à des problèmes de droits avec les héritiers Morrison et John Densmore.

Line Up de la reformation

Ray Manzarek

The Doors of 21st Century
(2002)
The Doors of 21st Century
(2002-2005)
Riders on the Storm
(2005-2007)
Riders on the Storm
(2007)
Riders on the Storm
(2007-present)

The Doors Box Set

À l’occasion du 30e anniversaire des Doors, Paul.A.Rotchild et les 3 membres du groupe s’unissent pour créer « The Doors Box Set », une compilation de morceaux inachevés, d’inédits, d’enregistrement studio, de live et de versions différentes de certains morceaux. Sur cette compilation de 4 CD on trouve : CD1 (dénommé Without A Safety Net) : des enregistrements live de quelques morceaux des Doors, et des enregistrements studios ; CD2 (dénommé Live in New York) : le live à New York enregistré au Madison Square Garden en 1970 ; CD3 (dénommé The Future Ain’t What It Used To Be) : même genre de contenu que le CD1 ; et enfin CD4 (dénommé Band Favorites) : où l’on peut écouter les 5 morceaux favoris du groupe de chacun des membres restants (Ray Manzarek-Robby Krieger-John Densmore).

Cette compilation est vendue sous deux formes : une version de 2 fois 2 CD (soit deux boîtes différentes) et une version en 4 CD.

The Doors et le cinéma

The Doors a été le sujet d’un film d’Oliver Stone en 1991, simplement intitulé The Doors. Le film retrace de manière romancée la carrière du groupe, avec Val Kilmer dans le rôle de Jim Morrison.

Les chansons du groupe ont été employées dans de nombreux films. On peut notamment citer :

  • Apocalypse Now (Francis Ford Coppola1979) : à l’origine, Coppola, passionné des Doors, voulait faire une bande-son composée exclusivement de chansons du groupe. Finalement, la chanson The End ouvre le film et instaure d’entrée un climat psychédélique. Elle est encore utilisée pour la scène paroxysmique du film (le meutre de Kurtz) vers la fin.
  • Forrest Gump (Robert Zemeckis1994) : la majeure partie du passage de Forrest au Viêt Nam est ponctué par les Doors. On peut entendre notamment Break On Through (To the Other Side)People Are Strange, Hello I love you, Soul Kitchen, ou encore Love her madly.
  • On peut également noter dans certains épisodes des Simpsons de brèves apparitions des Doors.

En 2010, les Doors reviennent au cinéma dans un documentaire de Tom DiCillo narré par Johnny Depp intitulé When You’re Strange. Ce film comprend des extraits d’archives de concerts des Doors ainsi que des extraits video de la guerre du Vietnam, des marches de Martin Luther King et des défilés de J.F Kennedy. Il retrace le parcours complet des Doors, ainsi que les passages sombres dans la carrière du leader, Jim Morrison.

Discographie générale

Article détaillé : Discographie des Doors.

Albums studio

Après la mort de Jim Morrison :

Albums live

Compilations

Bibliographie générale

  • 1975 : Jim Morrison au-delà des DoorsHervé Muller, Albin Michel/Rock&Folk, avec beaucoup d’extraits traduits de paroles
  • 1983 : The Doors : the Illustrated HistoryDanny Sugerman, W. Morrow and Cie Compilation d’articles, d’interviews…
  • 1991 : The Doors, Rainer Moddemann, Heel (en langue allemande)
  • 1991 : The Doors in their own words, Andrew Doe and John Tobler, Perigee édition, Reprint de London: Omnibus, 1988.
  • 1991 : Riders on the storm : my life with Jim Morrison and the Doors de John Densmore, Delta
  • 2000 : Les Doors : la véritable histoire de Ray Manzarek
  • 2001 : James Douglas Morrison ou la nuit du lézard, de Christophe Dauphin, préface de Rem, collection l’or du temps, éd. de l’Acanthe,
  • 2005 : Les cavaliers de l’orage de John Densmore, Riders on the storm : my life with Jim Morrison and the Doors
  • 2005 : La tragique romance de Pamela et Jim Morrison de Patricia Butler, Castor Astral Éditions
  • 1996 : Morrison, un festin entre amis de Frank Lisciandro, Le Castor astral.
  • 2005 : James Douglas Morrison, de Frank Lisciandro, Le Castor astral.
  • 2005 : Jim Morrison ou Les portes de la perception de Jean-Yves Reuzeau, Castor Astral Éditions
  • 2007 : The End, Jim Morrison de Romain Renard. Bande dessinée retraçant le parcours du chanteur. Casterman Éditions
  • 2010 : When You’re Strange de Tom Dicillo. Film racontant le parcours du groupe depuis sa création jusqu’à sa fin avec la mort de Jim Morrison.
  • 2010 : Jim Morrison, Poète Du Chaos de Bertocchini et Jef. Bande dessinée mettant en scène Jim Morrison faisant le point sur sa vie, juste avant sa mort.
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